Exposition collective
 : La robotique pour les modernes


« Theatre of Disorder » s’appelle l’exposition – pourtant bien rangée – de Martine Feipel et Jean Bechameil au Casino. À grand renfort de technologies, le duo d’artistes produit une vision plutôt superficielle des questions liées au progrès et à l’avènement de la robotique.

(Photo : Andres Lejona)

C’est un symptôme connu : chaque fois qu’une société se trouve coincée dans un présent oppressant et plein de menaces, elle a tendance à se projeter soit dans un passé imaginaire, soit dans un futur où la vie sera différente – à force de ne pas être meilleure. On ignore si c’est cette pulsion qui a poussé le duo Feipel et Bechameil à embrasser une thématique futuriste pour leur grande exposition dans les murs du Casino, mais leur vision rappelle furieusement des idées vieilles d’au moins un siècle.

Comme semble l’indiquer la première pièce de la grande salle du premier étage « Mechanics of the Absent Revolution » : une statue de révolutionnaire sans tête – Lénine ? – est montée sur un piédestal. En y regardant de plus près, on constate que l’endroit qui héberge le cœur du leader est en rotation. Pas un mouvement uniforme, mais une sorte de valse hésitation qui va en avant et en arrière, comme si le révolutionnaire robotique et décapité ne savait plus lui-même s’il en a gros sur la patate ou non. C’est, avec l’arrière de la statue qui est ouvert, certes une mise en question de nos motivations à avancer, à nous révolter – mais ça manque un peu de sel.

Un peu comme les radios portables en résine un peu plus loin dans la même salle. Une technologie « ancienne » est ravivée par le biais du geste artistique et ramenée à une nouvelle vie grâce à des moteurs. Est-ce que les artistes voulaient remettre en question l’obsolescence technologique comme conséquence des progrès des dernières décennies ? Peut-être, mais dans un présent nostalgique du passé, couper les ponts n’est pas la priorité de tout le monde.

La pièce de loin la plus impressionnante dans le « Theatre of Disorder » est « Contra Construction Unit ». Une sorte de tableau cubiste robotisé ou une machine à faire rêver chaque professeur d’art plastique un peu ringard. Établie sur plusieurs niveaux, la machine compose et décompose sans cesse un ensemble de formes géométriques tout droit sorties des avant-gardes du début du 20e siècle. Une belle prouesse technique, mais encore une fois, pas de questionnement en profondeur.

La même critique vaut pour le reste des œuvres présentées dans l’exposition, qu’on ne détaillera pas ici, car il ne faut tout de même pas tout révéler à celles et ceux qui, peut-être, ne seraient pas d’accord avec la présente critique.

Par contre, on peut faire l’inventaire de ce qui manque dans cette exposition. Car qui parle de robotique parle aussi d’informatique. Mais chez Feipel et Bechameil, les machines n’ont pas d’âme. Curieux pour une exposition ayant lieu à une époque où l’intelligence artificielle commence à percer comme un vrai sujet, sorti de la culture pop de la science-fiction. D’ailleurs, on ne trouve aucune référence à une culture populaire dans « Theatre of Disorder » – ce qui lui donne ce ton un peu austère, stérile et – finalement – ringard.

Surtout comparés à l’exposition pleine d’ironie, politisée et malgré tout elle aussi tournée vers le futur, « The Promises of Monsters » de Laura Manelli à la fondation Indépendance, les travaux Feipel et de Bechameil restent bien pâles.

Au Casino jusqu’au 7 janvier 2018.

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