Exposition historique
 : Notre-Dame dans tous ses états

Jusqu’au 21 mai, les visiteurs du Musée en Piconrue de Bastogne peuvent découvrir une exposition temporaire sur Notre-Dame du Luxembourg – la star des saints luxembourgeois.

Catholicisme luxembourgeois et pouvoir grand-ducal font bon ménage au 21e siècle – tel peut être un des constats des visiteurs de l’exposition sur Notre-Dame de Luxembourg au musée d’ethnologie, de légendes et d’art religieux de Bastogne. En effet, sur les 200 objets exposés, le musée présente la robe nuptiale que la Sainte Vierge portait lors du mariage du grand-duc héritier Guillaume et de la comtesse Stéphanie en 2012. Ce cadeau offert pour cette occasion par Maria-Teresa constitue une des plus de 60 pièces de l’actuelle garde-robe.

Outre la robe nuptiale, on peut découvrir dans deux pièces aménagées quantité d’autres objets comme des images de dévotion, statues, médailles, drapelets, boules de neige, autels portatifs ou cartes postales, autour desquels le musée fait découvrir la dévotion mariale et l’art religieux populaire. Le musée présente deux grands imprimés qui montrent Notre-Dame avant et après la restauration en 2008, expose d’autres vierges comme celles de Montaigu, Kevelaer, Avioth et Notre-Dame d’Arlon – cousines pour les dévots, rivales pour les commerçants. Une partie est également réservée à la contextualisation des fouilles autour des vestiges de la chapelle de Notre-Dame du Glacis, qui ont été découverts lors de la construction du nouveau tramway. Mais cette exposition, dans le cadre du 350e anniversaire de la patronne de Luxembourg, thématise aussi le patriotisme teinté de religiosité qui s’est établi au grand-duché. Dans ce sens, un objet exposé est particulièrement interpellant : une sérigraphie sur laquelle figure Notre-Dame en dessous de la question rhétorique « Wie soll sech hier net schenken am Lëtzebuerger Land ». Pour amplifier le caractère national de l’image, figure sur sa gauche un cimetière de guerre, sur sa droite un fermier et la cathédrale.

Que ce culte spécifique au Luxembourg fasse l’objet d’une exposition en Belgique peut paraître surprenant, mais seulement à première vue. Ainsi, le musée s’explique à l’entrée : quand la Consolatrice des affligés est élue patronne du duché de Luxembourg en 1678, celui-ci incluait la ville de Bastogne. En effet, pour comprendre l’expansion du culte, il faut remonter au 17e siècle – une époque marquée par l’élan contre-réformiste. Bien que la dévotion mariale existe déjà au Moyen Âge, elle se consolide dès 1624 sous l’impulsion du père jésuite Jacques Brocquart, qui invitait les élèves du collège jésuite à attacher une image de la Sainte Vierge au pied d’une croix se trouvant au Glacis. Les jésuites, principalement, voyaient dans la dévotion mariale un instrument de contre-réforme et promouvaient fortement les pèlerinages mariaux.

Cependant, l’autoperspective des pratiquants reste abordée de manière marginale, comme les pèlerinages lors de l’Octave et les miracles attribués à cette femme peu ordinaire. À ceux qui veulent se pencher sur ces thématiques, on peut conseiller l’ouvrage accompagnant l’exposition. Avec ses contributions d’auteurs comme Sonja Kmec, Alex Langini, Annick Delfose, Cynthia Colling et Antoinette Reuter, celui-ci fait également preuve de la profondeur scientifique du travail du Musée en Piconrue. Un musée d’ethnologie et d’art religieux populaire qui a le mérite de savoir aborder des sujets – pratiques de guérisseurs, miracles, mythes et art religieux populaire – souvent ignorés par la théologie académique et encore peu étudiés par l’anthropologie des religions.

Jusqu’au 21 mai 2017.

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