Exposition monographique : Un zeste de folie


Il avait animé le pavillon luxembourgeois à la Biennale de Venise fin 2017 : Mike Bourscheid est accueilli cette année par la galerie Nosbaum & Reding, à Luxembourg, avec son nouveau projet déglingué, « No Lemon, No Melon », et quelques-unes des œuvres exposées à Venise. Toujours aussi décalé, toujours aussi réjouissant.

Cousin luxembourgeois du chanteur français Philippe Katerine pour l’univers pop, Mike Bourscheid aime les fruits, tout comme lui. Pas de bananes ici mais du citron et du melon, dans son exposition « No Lemon, No Melon ». Quelques semaines après son passage à la Biennale de Venise, avec son travail « Thank You so Much for the Flowers », il débarque chez Nosbaum & Reding.

On retrouve, comme toujours chez lui, ce mélange d’humour et de gravité, ce point de basculement difficile à établir entre drôlerie lunaire et réflexion profonde sur l’époque. Et il n’est pas homme à se livrer, il préfère se mettre en scène, comme ce fut le cas lors du vernissage. Colorée, la première salle accueille son œuvre « No Lemon, No Melon », qui a donné son nom à l’exposition. Une scène orange et quelques étranges ustensiles peuvent faire penser à un curieux scénario sadomasochiste. Bottes de cuir, harnais, veste bicolore, la pop n’est pas éloignée de l’effroi.

Mais en s’approchant, le visiteur découvre un cendrier, des carottes épluchées, des détails plus drôles que graves. Point de citron ni de melon, mais bien la représentation du mythe américain : le cheval et le cow-boy. Ils ne sont pas là, mais tous les indices disséminés les invitent dans les imaginaires. Lors du vernissage, Mike Bourscheid a d’ailleurs réalisé une performance avec ces objets, comme il aime à le faire. Aidé d’un acteur, le cow-boy dominait le cheval, quand ce n’était pas l’inverse. « Un peu comme si deux territoires étaient en combat », raconte-t-il.

L’Eschois de naissance, dont c’est la première exposition en solo au grand-duché, confirme qu’il aime à bousculer l’ordre des choses et les certitudes. Pour Kimberly Philipps, conservatrice de la Galerie d’art contemporain de Vancouver, où Mike Bourscheid réside, « les objets-costumes qu’il fabrique deviennent souvent des acteurs, métaphores et accessoires à la fois ».

Une dualité qui se retrouve dans la seconde salle de l’exposition, avec des panneaux en bois dans lesquels sont creusées des silhouettes de personnalités de familles vénitiennes, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de moules à gâteaux. En deux salles, l’artiste transporte définitivement dans un autre univers, entre Lucky Luke et Charlie Chaplin. Comme si son art, d’apparence simple, savait mieux que d’autres s’immiscer dans l’esprit de ses observateurs.

Une troisième salle conclut avec brio le mystère porté par ces dérangeantes installations : quelques pots posés au sol, un autre sur une étagère, qui avait servi à Venise, encore un harnais qui rappelle à la fois le cheval et le cow-boy, et enfin une armoire incrustée dans le mur.

Que contient-elle, que raconte-telle ? Autant de questions sans réponses qui ferment la visite et poussent à revenir vers les deux premières salles, pour mieux percer le mystère pop de Mike Bourscheid.

Jusqu’au 24 mars 2018.

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