Exposition permanente : L’évolution, travaux pratiques

Le temps des animaux empaillés dans des vitrines poussiéreuses est désormais révolu pour les musées d’histoire naturelle. Vérification sur le terrain avec la nouvelle exposition permanente du MNHN.

Une drôle de rencontre avec l’homme de Loschbour pour commencer la visite. (Photos : MNHN)

Oh ! ce n’est pas qu’il avait encore l’aspect des muséums d’antan, non. Mais tout de même, le Musée national d’histoire naturelle, au Grund, avait besoin d’un rafraîchissement. Le résultat a de quoi réjouir l’amateur, tant il mêle habilement technologie et animaux naturalisés traditionnels. Mais surtout parce qu’il propose désormais deux messages clés servis par une muséographie cohérente : montrer à travers ses collections l’importance du processus d’évolution des espèces et insister sur la richesse qu’apporte la biodiversité. Pour cela, les lieux ont été repensés et transformés… et ça fonctionne.

Dès la première salle, au rez-de-chaussée, le ton est donné avec des regroupements incongrus au premier abord, mais qui s’expliquent par l’évolution. Le tyrannosaure est bien le lointain ancêtre des oiseaux actuels, tout comme l’homme de Loschbour, ici affalé dans un canapé moderne, est bien notre aïeul éloigné. Son squelette est d’ailleurs visible au premier étage. À ce propos, il ne sera plus pour longtemps le plus ancien homme découvert au Luxembourg (environ 6.000 ans), nous confie Patrick Michaely du MNHN. Bientôt seront présentés les ossements d’une femme de quelques centaines d’années de plus. Simple anecdote ? Non, car le travail scientifique réalisé au musée est souvent oublié au profit de l’activité d’exposition. C’est pourquoi chaque salle révèle un aspect de ce travail, qu’il concerne les méthodes des archéologues ou les publications internationales des collaborateurs de l’établissement. Chaque section est également complétée par des objets qui en détaillent les particularités luxembourgeoises, avec notamment de superbes fossiles locaux.

La comparaison est un des moteurs des vitrines présentées : un peu plus loin, quoi de plus parlant pour illustrer les théories de Darwin que de contempler une patte et une nageoire côte à côte ? Les technophiles bénéficieront d’une application permettant de voir l’évolution d’une espèce sur plusieurs millions d’années, tandis que les cinéphiles pourront regarder de courtes vidéos sur l’apparition de la vie. L’espace pour circuler est ample, des bancs sont souvent ménagés, mais la quantité d’informations reste dense et la luminosité, optimale.

Après les débuts de la vie et la conquête des mers, de la terre et des airs, le premier étage est consacré à l’adaptation. C’est un tardigrade qui accueille le visiteur, seule espèce connue à pouvoir survivre au vide spatial. Plus modestement, les façons dont l’évolution a aidé les êtres vivants moins coriaces à résister aux divers climats sont ici expliquées.

Le reste du premier étage présente les différents aspects de la biodiversité, avant qu’un toboggan ne ramène les plus joueurs vers la toute première salle, au rez-de-chaussée, symbolisant le retour à la poussière d’étoiles dont nous sommes tous issus. En plus de la position claire et nette sur l’évolution – qui a d’ailleurs valu au musée de recevoir des opuscules de fervents créationnistes ! -, on a le plaisir de voir une prise de position politique également. Dans une vidéo intitulée « L’agroécologie pour nourrir le monde », Olivier De Schutter, l’ex-rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU, explique l’importance de se libérer du système agricole productiviste à base d’intrants. On ne peut qu’espérer que les ministres concernés aient bien regardé lors de l’inauguration.

Mais de toute façon, cette nouvelle exposition permanente est claire dans son propos et intelligemment mise en place. Une visite chaleureusement recommandée pour tous, donc.

Plus d’infos : www.mnhn.lu

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