Exposition pluridisciplinaire : Quand l’art fait de la résistance


« La douche » de Daniel Spoerri. (Image : Centre Pompidou)

« Un musée imaginé », exposition construite autour d’une histoire dystopique, interroge sur l’essence même de l’art et les rapports que celui-ci entretient avec nos sociétés.

On est en 2052. L’art est menacé d’une interdiction totale, et ce qui en reste est voué à la disparition. Il ne reste plus de musées sur terre, hormis un seul : un grand musée transnational qui héberge 80 œuvres-clés, préservées pour les générations futures. Face à la disparition imminente de toute notion d’art, le musée fait de la résistance et compte transmettre les concepts-clés de ce que fut l’art au monde de demain.

Bienvenue au « musée imaginé » de l’exposition « Un musée imaginé. Et si l’art disparaissait ? », à voir au Centre Pompidou de Metz. Inspirée de la dystopie du livre « Fahrenheit 451 », de Ray Bradbury, dans lequel une poignée de personnes résiste à une interdiction totale de lire en apprenant par cœur les classiques de la littérature, l’expo projette le visiteur dans un futur sombre. Et explore, à travers ce prisme, l’essence même de l’art, tout comme son rapport au monde qui l’entoure et le rapport qu’entretiennent nos sociétés avec la culture.

Rassemblant les collections du Centre Pompidou de Paris, de la Tate Liverpool et du Museum für Moderne Kunst de Francfort, l’expo rassemble noms connus et moins connus : d’Andy Warhol à Sigmar Polke, de Marcel Duchamp à Lucio Fontana. Fidèle à son propre concept, l’exposition culminera par ailleurs, le dernier jour, avec la disparition des œuvres exposées. Comme les « hommes-livres » dans « Fahrenheit 451 », des « hommes-œuvres » interpréteront les différentes œuvres disparues.

Mais pour le moment, les œuvres n’ont pas encore disparu. Et invitent le spectateur à s’interroger sur ce qu’est l’art au fil des salles. Chacune d’entre elles contient un concept essentiel : ici, l’art comme surface de projection permettant à la « poésie de la vie ordinaire » de surgir, là, l’art en tant que remise en cause des concepts de temps et d’espace. L’art sous forme d’« énigme » ou l’art en tant qu’expression de « perceptions troublées », le sujet y est traité sous tous les angles.

À travers des tableaux et des sculptures, mais aussi des installations audiovisuelles, des photographies ou encore des enregistrements de performances, le visiteur est invité à justement oublier toute notion d’espace et de temps et à plonger dans une réflexion profonde sur son propre rapport à l’art. Quelle importance pour celui-ci dans un monde toujours plus furtif, caractérisé par un flot continu d’images ? Que dit sur une société le rapport qu’elle entretient avec ses artistes ? Quelles incidences le rapport des humains à l’art a-t-il sur les rapports qu’entretiennent ces humains entre eux ?

« Un musée imaginé » – clin d’œil, aussi, au « musée imaginaire » d’André Malraux – n’est pas une exposition à voir à la va-vite, entre shopping et restaurant. Intense, déroutante, puissante, elle a l’intention d’emporter le visiteur, de créer des souvenirs, de marquer les sens – et elle y réussit parfaitement. À une époque où la place de la culture dans nos sociétés est de plus en plus remise en question, où l’art est sacrifié sur l’autel des intérêts financiers et où des apprentis dictateurs essayent de nouveau de l’instrumentaliser, « Un musée imaginé » fait réfléchir et a l’effet d’une brise d’air frais en plein été. Absolument à recommander.

Jusqu’au 27 mars au Centre Pompidou à Metz.

 


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