Fabriques d’église : Communication Breakdown

Si l’audition devant la commission des pétitions de la Chambre des députés n’a rien apporté de fondamentalement nouveau, elle a eu au moins le mérite de montrer clairement l’impasse dans laquelle les acteurs de ce conflit se trouvent actuellement.

Après l’audience au parlement de ce lundi dernier, on est en droit de se poser une question : faut-il que les Nations unies envoient des Casques bleus au grand-duché pour protéger une minorité de chrétiens d’un appareil d’État sans scrupule qui veut les déposséder de leurs biens et leur interdire de pratiquer des traditions vieilles de plus de 200 ans ? Blague à part, à écouter les propos du président du Syndicat des fabriques d’église (Syfel) Serge Eberhard (qui présidait aussi jusqu’à peu le conseil d’administration de Servior), et de son secrétaire Marc Linden, l’intransigeance et les revendications de l’organisation brillent par leur excès. En effet, il est plus qu’étonnant de voir des membres des fabriques d’église se plaindre du manque de démocratie et d’esprit d’ouverture de l’Église catholique au Luxembourg.

Le CSV ne sait plus à quel saint se vouer.

Pour rappel : les fabriques d’église, une invention de Napoléon pour calmer les esprits dans l‘Europe postrévolutionnaire, sont des chambres noires en ce qui concerne le savoir-vivre démocratique. Aucun membre n’est élu, ils ne peuvent être que cooptés – ce qui fait que l’appartenance peut rester dans les mains d’une même famille pendant plusieurs générations. De plus, leurs propriétés sont tellement opaques qu’ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils possèdent ou non. Et ils n’ont aucun problème à l’admettre. Ne parlons pas des privilèges totalement déconcertants qui forçaient les communes à loger, nourrir et blanchir les curés et payer leurs déficits. Encore heureux qu’ils appartiennent déjà à l’histoire.

La stratégie du Syfel est apparue entre les lignes lundi dernier. En apparence conciliants, les deux représentants du syndicat ont toutefois admis qu’en fait ils ne voulaient qu’une chose : reprendre les négociations à zéro, car pour eux les conventions signées entre le gouvernement et l’Archevêché ne seraient pas légales. Alors que les propositions faites par l’Archevêché et le ministère de l’Intérieur quant à la réforme des fabriques d’église ne diffèrent pas tant (voir woxx 1407) – sauf sur la personnalité juridique, qu’elles perdraient.

Avec ceci en tête, il est toutefois permis de se demander si le Syfel ne veut pas tout simplement gagner du temps, pour que le projet de loi ne passe pas sous la législature actuelle. Et il comptent sur une participation du CSV au gouvernement après les élections de 2018 pour l’aider à rester en place. À défaut de cela, le Syfel sait pertinemment qu’il faudra trouver un arrangement avec l’Archevêché, car le blocage ne peut pas s’éterniser et le risque qu’on décide sans lui s’il persiste dans son intransigeance est bien réel. Dans cette perspective, la proximité avec le plus grand parti de l’opposition pourrait bien se révéler problématique.

Car le CSV se trouve bien entre toutes les chaises dans cet affrontement. À l’approche des communales, il aimerait bien se rapprocher du Syfel, au risque de se fâcher avec son allié traditionnel, l’Archevêché. Mais surtout, le parti conservateur n’a aucun intérêt à ce que le rapprochement entre le Syfel et l’Archevêché se fasse sous la médiation du ministre de l’Intérieur Dan Kersch. Le fait que le Syfel et les représentants de l’ordinariat se feront inviter à la commission parlementaire pointe dans cette direction. C’est aussi dans ce sens qu’il faut lire le communiqué de presse doux-amer que les chrétiens-sociaux ont publié ce mercredi.

Ils pourraient dès lors devenir les grands perdants de cette mascarade, tandis que Kersch pourrait en profiter tous azimuts. Mais jusqu’ici, cela n’est qu’une hypothèse dans un conflit qui a déjà pris plus d’une tournure imprévisible.

 


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