Festival : Warm up tiède


L’événementiel d’abord : les Francofolies débarqueront à Esch pour le bonheur des édiles communaux et des productrices et producteurs – reste à savoir si elles trouveront leur public.

Sans leur singe, mais tout de même au complet : les Shaka Ponk. (Photo : Denis Rouvre)

« Esch est la ville la plus française du Luxembourg. Nous sommes une ville frontière. Et puis nous sommes la seule commune qui fête le 14 juillet » : ce sont les arguments mis en avant par le maire CSV Georges Mischo pour expliquer pourquoi la ville organise les Francofolies chez elle à partir de cette année. Si la proximité géographique entre la métropole du fer et l’Hexagone est indéniable, on pourrait du moins objecter que le 14 juillet à Esch a moins à voir avec une cérémonie républicaine qu’avec les soldes – de plus, le Gaymat Festival est organisé à la même date depuis des années.

Et pourtant, la commune va débourser 200.000 euros cette année pour pouvoir porter le label des Francofolies. Ce prestigieux festival qui cherche à promouvoir la chanson française est né en 1985 avec une première édition à La Rochelle. Portée par l’animateur, producteur et ancien rugbyman Jean-Louis Foulquier et Philippe Friboulet, la formule connaît un vif succès et va être au cœur d’une expansion presque sans pareille. Que ce soit au Québec, à Spa en Belgique, en Bulgarie, en Argentine, en Allemagne, en Suisse, à Kinshasa et même en Nouvelle-Calédonie avant d’arriver à Esch. Véritable industrie aujourd’hui dirigée par Gérard Pont, Gérard Lacroix et Frédéric Charpail, les Francofolies disposent aussi de dispositifs de formation pour artistes émergent-e-s et de valorisation de la chanson française en milieu scolaire. Bref, tout comme le bureau d’export musical – qui est né en 1993 –, c’est aussi un outil du soft power français.

À l’affiche de cette première édition eschoise – présentée au public comme une édition de « warm up », puisque la programmation a un peu été faite à l’arrache – , deux grands noms de la chanson française. Pour les mélomanes plus âgé-e-s, c’est Julien Clerc qui viendra le 6 septembre au théâtre d’Esch, avec en première partie le Luxembourgeois Julien Arpetti. C’est seulement le deuxième concert de Julien Clerc au Luxembourg – le premier était tout au début de sa carrière, dont il fête cette année le cinquantenaire.

Les plus jeunes seront sûrement attirés par les Shaka Ponk, qui joueront le 7 septembre à la Rockhal. Véritable ovni de la scène musicale française oscillant entre metal, funk et hip-hop, le groupe compte aussi un membre virtuel – le singe Goz – qui l’accompagne en live. Connus sous toutes les latitudes grâce à de nombreuses tournées, ils vont sûrement livrer une bouffée d’énergie à cette soirée. D’ailleurs, les Shaka Ponk disposent d’une autre spécificité – bien que français, ils chantent de préférence en… anglais. Ce qui vaut aussi pour l’autre tête d’affiche de cette soirée : Mat Bastard – le punkrocker français, qui vit et travaille à Malibu, va mettre le feu à la salle avec son mélange de punk et de metal. Pour le grand-duché, ce seront les bien connus Versus You qui assureront le reste de la soirée.

Enfin, pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent se payer un ticket, il reste toujours le samedi 8 septembre, où la place de l’Hôtel de Ville se transformera en scène pour une soirée. Au menu, le chansonnier Didier Sustrac avec son mélange de chanson française et de musique sud-américaine, le Luxembourgeois Bartleby Delicate (que nos lectrices et lecteurs connaissent en tant que freelance sous son vrai nom Georges Goerens), la DJ luxembourgeoise Kirsty Sutherland, les rockers sarrois de Southern Caravan Breath et finalement Seed to Tree – formation de folk-indie-pop luxembourgeoise, dont Georges Goerens fait également partie.

Bref, si la programmation n’est ni ambitieuse ni extrêmement éclectique, elle a le mérite de ne pas prendre de risques – mais les cinq prochaines années, car les Francofolies resteront jusqu’en 2022, pourraient être l’occasion de changer la donne. Le but étant de toute façon clair, pour le dire avec les mots de l’échevin à la culture Pim Knaff (DP) : « Nous espérons des retombées économiques pour nos commerçants. »

Les 6, 7 et 8 septembre au Théâtre d’Esch, à la Rockhal et sur la place de l’Hôtel de Ville.
www.francofolies.lu

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