France : Et si tout n’était pas perdu ?

(PHOTOS: Wikimedia/Parti socialiste)

L’« affaire Fillon », dernier revirement en date de la campagne pour l’élection présidentielle, rebat définitivement les cartes. La gauche devrait se saisir de l’occasion.

C’est une opération de la dernière chance : depuis lundi, François Fillon tente de reconquérir la France, ou du moins celle qui lui était favorable jusque-là. Jusqu’au moment, plus précisément, où le « Canard enchaîné » avait révélé qu’il avait, des années durant, rémunéré sa femme Penelope avec de l’argent public. Depuis, il avait dégringolé dans les sondages au rythme des différentes révélations que faisaient les médias : implication des enfants de François Fillon, possible trafic d’influence, éventuel détournement de fonds. Celui qui avait bâti sa carrière sur son image de cul-bénit semblait rapidement s’écrouler sous le poids des accusations et perdre toute légitimité en tant que candidat de la droite.

Morte, la gauche ? Loin de là.

Si François Fillon tente le tout pour le tout, c’est que pour sa famille politique, il n’y a pas de plan B. Alain Juppé, condamné en 2004 dans le cadre d’une affaire d’emplois fictifs, avait catégoriquement réfuté toute possibilité de servir d’alternative, tandis que Nicolas Sarkozy, lui aussi mis en cause dans de nombreuses affaires, n’aurait eu que très peu de légitimité après la défaite cuisante de la primaire. La droite n’a donc d’autre choix que de continuer à soutenir Fillon, malgré les réticences qui grandissent à chaque nouvelle révélation. Alors qu’il y a quelques semaines encore, on le voyait déjà au deuxième tour face à Marine Le Pen et, en conséquence, quasiment président, sa campagne prend une mauvaise tournure.

Deux personnes peuvent s’en réjouir en particulier : Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Économie, qui se revendique du « ni droite ni gauche » et qui, de sondage en sondage, aurait de meilleures chances de finir au second tour, et… Marine Le Pen. La candidate du Front national semble avoir des électeurs qui lui pardonnent tout : mise en cause dans trois affaires, elle semble bénéficier d’un ticket direct pour le second tour.

Mais les nombreux revirements de la campagne – et qui en font, au passage, la plus imprévisible de la Cinquième République, pourraient aussi s’avérer bénéfiques pour la gauche antilibérale. Le candidat de la gauche, Benoît Hamon, élu contre toute attente lors de la primaire, connaît une envolée imprévue depuis qu’il a été investi candidat. Morte, la gauche ? Loin de là : selon la plupart des sondages, une éventuelle alliance de gauche entre Hamon, le candidat écologiste Yannick Jadot et le candidat de la « France insoumise » Jean-Luc Mélenchon pourrait – mathématiquement parlant, bien entendu – propulser le candidat désigné au second tour, ouvrant la voie à un face-à-face décisif entre gauche plurielle et extrême droite.

À l’heure où en Allemagne une coalition rouge-vert-rouge semble devenir possible pour la première fois, une alliance des gauches en France pourrait rebattre les cartes. En termes de programmes, rarement des représentants des différentes gauches n’ont été si proches l’un de l’autre que Mélenchon, Jadot et Hamon. Mais les obstacles sont toujours nombreux : il y a, d’un côté, l’appareil du Parti socialiste et les soutiens du gouvernement avec qui Benoît Hamon n’a pas encore daigné couper les ponts. Mais il y a aussi le refus, pour le moment, de Jean-Luc Mélenchon d’envisager un compromis quelconque. Car en engageant une confrontation totale avec le PS, une éventuelle alliance de gauche se priverait probablement d’une majorité à l’Assemblée en cas d’hypothétique victoire à l’élection présidentielle.

Face au libéralisme économique d’un Macron et d’un Fillon, face au nationalisme d’une Marine Le Pen, une alliance des gauches pourrait aujourd’hui constituer une alternative réelle. Pourvu qu’elle n’échoue pas à cause d’égos surdimensionnés !


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