Grímur Hákonarson
 : Shining islandais


Primé à Cannes – dans la sélection « Un certain regard » – « Hrútar » prend la nature islandaise comme décor pour mettre en scène un drame qui prend très vite les allures d’un thriller psychologique. Époustouflant.

1350kino

Le moment fort de la saison estivale en ce coin perdu d’Islande : le concours du meilleur bélier.

Gummi et Kiddi ne se parlent plus.
Et cela depuis une quarantaine d’années. C’est un peu dommage, car dans leur vallée de l’est de l’île islandaise, ils sont bien seuls. Voisins depuis toujours, les deux consacrent leur vie à leur passion commune : l’élevage de moutons. Et c’est bien la seule chose qu’ils partagent. Lorsque l’aîné Kiddi gagne le prix du meilleur bélier de la vallée – ce qui est dans cette partie du monde le point fort de la vie sociale de l’année -, Gummi le digère très mal. Et va analyser l’animal de près pour constater qu’il est malade. Plus précisément, celui-ci souffre de la « tremblante », une maladie infectieuse et incurable, importée au 19e siècle par des ovins anglais. Résultat des courses : tous les moutons de la vallée sont abattus par les services vétérinaires. Cet état de fait va déclencher une lutte à la mort ou à la vie entre les deux frères et faire ressurgir les drames de leur passé commun.

« Hrútar » est avant tout l’histoire d’un refoulement. Un refoulement tellement énorme que, finalement, il n’y a pas d’autre issue que le drame qui va se dérouler entre deux frères inégaux mais tellement semblables. Une des forces du film de Grímur Hákonarson est qu’il joue avec les sentiments du spectateur. Si, au début, c’est surtout Gummi qui est présenté comme le personnage sympathique, juste et responsable, cette impression va s’évanouir au fil de l’histoire.

La narration, qui insiste beaucoup sur les rituels qui rythment la vie solitaire dans l’immense nature islandaise, est aussi un trompe-l’œil. Car même si leur existence semble des plus monotones, les rares passions qui animent le quotidien de Gummi et de Kiddi sont d’autant plus renforcées et sérieuses. Comme celle pour leurs animaux qui va les pousser tous les deux à contourner les consignes du service vétérinaire, qui ne fait que tenter d’endiguer la maladie. Leurs moutons, ce n’est pas seulement leur vie présente, mais aussi leur héritage ancestral. La race spéciale issue de leur vallée est connue dans tout le pays depuis des générations et, avec l’abattage, ils ne perdent donc pas seulement leur moyen de subsistance mais aussi leur identité : « Tu verras, cet hiver, ce sera l’enfer », lance Kiddi à son frère après que les animaux ont disparu. Et il ne croyait pas si bien dire.

Ce qui fait de « Hrútar » un film aussi unique qu’inclassable. Entre l’esthétique, qui met en scène avec une certaine indifférence la beauté majestueuse de l’Islande aussi bien que le train-train glauque des deux frères, et la définition des personnages, qu’on peut observer dans leur vie intime mais qui quand même sont difficiles à cerner – et qui peuvent surtout surprendre -, Hákonarson a réussi à mettre en scène un drame qui vit des sursauts d’un passé longtemps oublié et refoulé par la dureté de la vie.

En d’autres mots : si vous ne croyez pas au père Noël et que « Star Wars » vous laisse indifférent, vous n’avez aucune excuse pour ne pas vous rendre au cinéma.

À l’Utopia.

L’évaluation du woxx : XXX


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