Guillaume Meurice : Cosme

L’humoriste, connu surtout pour ses chroniques dans « Par Jupiter ! » sur France Inter, livre avec « Cosme » un roman poétique, rimbaldien et… réaliste.

Guillaume Meurice est un des comiques qui montent en France : humoriste de stand-up parcourant les salles de l’Hexagone (et même de La Réunion), chroniqueur sur France Inter où il fait partie intégrante avec les Belges Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek de l’équipe de « Par Jupiter ! » (précédemment « Si tu écoutes, j’annule tout »), il s’est spécialisé dans les micros-trottoirs. Des exercices au cours desquels il arrive à faire dire un peu n’importe quoi à des gens du peuple comme à des startuppeurs ou des députés. Tout cela sous la cape de journalope islamo-gauchiasse, comme cela se doit.

Alors, quand on apprend qu’à part avoir formé un groupe de rock, au nom très macronien de « The Disruptives », ce touche-à-tout a aussi publié un roman, on ouvre grand les oreilles… voire les yeux.

Car mieux vaut y regarder à deux fois : « Cosme » n’a rien de l’humour engagé et acidulé que Meurice répand sur les ondes de Radio France ou dans les salles. Sobre, la couverture ne comprend aucune explication, aucune biographie de l’auteur. Et pour cause, car « Cosme » est un vrai roman à clefs et en même temps la biographie de son meilleur pote. La rencontre entre Guillaume Meurice et Cosme Olvera date (si l’on en croit les extraits de presse) d’il y a une dizaine d’années. Meurice en est à ses débuts et Olvera est régisseur de salle dans un petit théâtre du 20e arrondissement parisien. Ce dernier lui confie qu’il a réussi à décrypter entièrement « Voyelles », poème de jeunesse d’Arthur Rimbaud, sur lequel des générations de savants se sont cassé la tête, voire les dents. De quoi éveiller la curiosité et les soupçons. Nous ne dirons pas ici que vous aussi aurez accès au saint Graal de la poésie du 19e siècle, mais l’on vous rassure : même le chemin en vaut la chandelle.

Car la vie de Cosme Olvera est vraiment digne d’un roman. Né dans le Pays basque français, d’origine espagnole, il grandit dans une grande famille entre les étages sociaux. Des prolétaires qui aspirent à plus, des parents qui se décarcassent pour leurs mômes et qui ne leur inculquent pas seulement la discipline, mais aussi la culture. Pour Cosme, la sauce prend : il n’est pas seulement un sportif, mais aussi un joueur d’échecs redoutable. Mais surtout, il excelle à apprendre et à mettre en œuvre les leçons de la vie. Celles qui ne sont justement pas dispensées à l’école, qu’il quitte assez rapidement pour vagabonder à travers le monde, à l’image de Rimbaud. De petite frappe parisienne à transmetteur dans l’armée, en passant par les tables d’échecs, Meurice suit avec tendresse et sans jamais caricaturer ou surdessiner la biographie mouvementée de son ami. Cela donne un texte qui parfois stagne un peu (surtout au début), pour repartir à fond la caisse quelques pages plus loin.

Mêlant allégrement descriptions détaillées et style oral argotique, « Cosme » joue surtout sur le pied de nez permanent qu’est la vie du personnage : celui de quelqu’un qui « n’est rien » (pour s’en tenir au « newspeak » jupitérien), mais qui en même temps réussit à déchiffrer une énigme que même les plus grands linguistes n’ont pu résoudre.

Bref, une lecture poétique, attendrissante, agréable et très humaine à mettre dans vos bagages pour l’été.


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