Panoplie est une jeune association qui, en peu de temps, a fait bouger beaucoup de choses dans le monde musical local. ArmĂ©e d’une forte conviction et d’un souci esthĂ©tique reconnaissable, elle a vite rĂ©ussi Ă imposer sa marque.

(Illustration: Muriel Moritz)
Selon le Petit Robert, panoplie veut dire: „1. Ensemble d’armes prĂ©sentĂ© sur un panneau et servant de trophĂ©e, d’ornement. Ensemble d’acessoires, sĂ©rie de moyens.
2. Jouet d’enfant, comprenant un dĂ©guisement (vĂŞtements et instruments) prĂ©sentĂ© sur un carton.“ Pour Robert Weis, „panoplie“ est surtout la rĂ©alisation de ses dĂ©sirs. Ce jeune homme de 26 ans est mordu de musique. Mais contrairement Ă ces acolytes du mĂŞme âge que lui, qui se restreignent le plus souvent au rĂ´le de simples consommateurs, Robert Weis a choisi de devenir actif. Faute de talent ou de volontĂ©, il ne fait pas de la musique en personne, mais organise des concerts et sort des CD avec son association fraĂ®chement fondĂ©e et dĂ©nommĂ©e Panoplie.
Tout commence fin 2005, quand il organise un concert pour une chanteuse italienne, Christina DonĂ . Fan de musique italienne, non pas de la pop italienne mortifère qui infecte les pizzerias entre Marseille et Dresde, mais de la jeune scène innovative italienne qui casse les idĂ©es reçues sur le pays, il dĂ©cide de faire venir Ă la Tuchfabrik de Trèves cette jeune chanteuse talentuĂ©e. Premier succès, qui met en marche une petite success story. Suit un concert en janvier, toujours Ă Trèves mais Ă l’Exhaus cette fois, avec Afterhours, le groupe alternatif du moment en Italie. Politiquement impliquĂ©s, jouant un rock qui varie entre tendresse et expĂ©rimentation, eux-aussi obtiennent un franc succès. Jusque-lĂ , Robert avait Ă©vitĂ© de faire venir des artistes au Luxembourg. Les salles, si elles Ă©taient convenables, coĂ»taient trop cher pour le budget d’une seule personne.
L’internationale pop
C’est pourquoi il dĂ©cide de fonder une asbl avec le soutien d’une amie, la dessinatrice Muriel Moritz. Ainsi naĂ®t Panoplie. Le statut d’asbl sert Ă mieux se prĂ©senter comme organisateur auprès des grandes salles du grand-duchĂ© et en plus cela peut aussi servir Ă obtenir des subventions. Pour l’accès aux salles ça du moins, cela marche: en avril 2006 Panoplie invite les amoureux de musique Ă la Rockhal pour un premier festival baptisĂ© „Fin du Frigo“. Avec Ă l’affiche des groupes comme Locas in Love ou Katze d’Allemagne ou encore la chanteuse française Emilie Bold, la soirĂ©e s’annonçait Ă©clectique et intĂ©ressante. Malheureusement, le public n’a pas suivi, ni saisi l’occasion de dĂ©couvrir ces artistes. La „Fin du Frigo“ a laissĂ© les consommateurs de glace – une trentaine de personnes seulement ont trouvĂ© le chemin des friches d’Esch-Belval.
Mais dĂ©courager Robert et Muriel n’est pas si simple. DĂ©laissant Ă prĂ©sent les grandes salles, les deux amis se concentrent sur les cafĂ©s. Une dĂ©cision qui tombe Ă pic, car avec le „d:qliq“ vient d’ouvrir le music-bar dont ils avaient besoin. Ni trop underground, ni trop grand public et surtout issu d’une initiative de jeunes gens aussi mordus de musique que les Panoplie, le „d:qliq“ est un endroit cosy oĂą ceux qui sont ou se veulent en vogue dans la „scène“ passent pour voir et ĂŞtre vu. Une sorte de substitut de la messe du dimanche matin, oĂą l’on irait plutĂ´t le samedi soir … La collaboration est en tout cas très fructueuse. En un minimum de temps, un maximum de concerts sont programmĂ©s dans la petite salle du premier Ă©tage de la rue du St-Esprit.
Mais ce n’est pas tout. On remarque sur les flyers et les affiches que l’association a aussi un concept graphique fort. C’est Muriel Moritz, l’autre moitiĂ© de Panoplie, qui est en charge du volet design. Illustratrice de livres pour enfants, sa rĂ©putation en ce domaine n’est plus Ă faire. Et ses idĂ©es font Ă©galement mouche dans le domaine un peu diffĂ©rent des affiches de concert, qui sont facilement identifiables. On pourrait dire que les deux sont en train de se forger une vraie image de marque. C’est vrai surtout quand on considère le slogan „See Imagine Listen“ sur leur site internet. „Pour moi le fait d’organiser des concerts n’est pas tout“, explique Robert. „Il s’agit d’un concept global, dans lequel se rencontrent diffĂ©rentes disciplines d’art. Comme le dessin, l’Ă©criture et la musique par exemple“.
Avec une telle approche, on est loin d’autres collectifs luxembourgeois, qui font eux aussi vivre Ă la scène locale des moments forts hors des grandes institutions. Mais souvent, ils essayent de communiquer Ă travers un certain langage de scène ultra-codĂ© qui reprĂ©sente une barrière pour les non-adeptes du genre. Panoplie par contre se positionne volontairement hors de toute scène. L’association essaye plutĂ´t de rĂ©unir des adeptes de diffĂ©rents genres autour d’une programmation qui peut faire consensus. Ainsi, toujours au „d:qliq“, les belges de Wixel – qui pratiquent une sorte d’electronic-folk instrumental – ouvraient dĂ©but septembre la soirĂ©e pour „klez.e“, une des formations berlinoises les plus en vogue en ce moment.
See Imagine Listen
Le mĂŞme souci d’Ă©clectisme et d’internationalisme prĂ©vaut aussi sur la première compilation de Panoplie „Eskimo
Friends“, qui va ĂŞtre prĂ©sentĂ©e au public ce vendredi, 29 septembre, au „d:qliq“ toujours. La particularitĂ© du CD est qu’il rĂ©unit des groupes luxembourgeois comme Couchgrass et The Astronoids par exemple et les mĂ©lange Ă des artistes allemands, belges, amĂ©ricains, français et italiens comme Cesare Basile, les Devics ou Yuppi Flu. De plus, il ne s’agit pas d’une simple compil, mais le concept graphique est aussi important que le reste. „Il y a une petite histoire dans le booklet, qui unit par les paroles et les dessins les chansons les unes aux autres. Nous avons voulu faire plus qu’un simple CD“, affirme Weis. „Eskimo Friends est plutĂ´t une pièce de collection. D’autant plus qu’il y aura aussi une version vinyle avec un bonus track, pour les vrais amoureux du son.“
L’emploi du temps de Panoplie, en tout cas pour les mois Ă venir, affiche complet. La liste de concerts planifiĂ©s est impressionnante. On pourra ainsi savourer la pop indĂ© israelienne de Shy Nobleman ou se bouger sur les vibes de Bernadette La Hengst, une ancienne punk-rockeuse allemande qui jouait dans un groupe dĂ©nommĂ©e „Die Braut die haut“. Les âmes plus romantiques pourront se rĂ©galer d’un concert-reading de Cesare Basile Ă la Kulturfabrik en novembre, co-organisĂ© avec Salzinsel. Et ce ne sont que des extraits … En un certain sens, Panoplie est la preuve qu’on n’a pas besoin d’ĂŞtre rĂ©voltĂ©, vĂ©gan et punk pour faire la diffĂ©rence au Luxembourg.

