Indé/electro : De beaux déchets

Même après presque un quart de siècle au compteur, Garbage reste un groupe remarquable et fidèle à lui-même.

Garbage, toujours d’aussi bonne humeur après 23 ans de carrière.

Vers 1994, Seattle, mais aussi le monde entier était en mode grunge : les cheveux devaient être sales, les t-shirts troués et les chemises à carreaux. Kurt Cobain venait d’accéder au fameux « Club 27 » en redécorant sa bibliothèque avec sa cervelle et avait accédé au stade de demi-dieu. La musique était ancrée sur les guitares saturées, les basses rapides et lourdes et les cris gutturaux des chanteurs/euses qui se plaignaient du vide abyssal de leurs existences de toute façon absurdes. Bref, il semblait que la dépression adolescente avait pris en main les rênes du monde… musical du moins.

Dans ce contexte, Garbage faisait déjà figure d’exception, quoique le groupe soit intrinsèquement lié à l’épopée du grunge. Le lien, c’est le batteur et producteur Butch Vig. Associé à des groupes du monde alternatif comme les Smashing Pumpkins ou Sonic Youth, il était aussi derrière les manettes quand Nirvana enregistra son fameux « Nevermind ». Le son mis en place par Vig – beaucoup d’overdubs surtout – a sûrement assuré le succès de l’album. En tout cas, cela donna au producteur le goût de se lancer lui-même dans une carrière musicale, surtout pour échapper aux modes ambiantes qu’il avait lui-même lancées. C’est pourquoi il s’adjoignit les services de ses amis Steve Marker et Duke Erikson et se mit à la recherche d’une chanteuse. Qui fut vite trouvée en la personne de l’Écossaise Shirley Manson.

Après que cette dernière eut quitté son groupe Angelfish, le quatuor s’enferma en studio pour enregistrer un premier album éponyme. Et, par miracle, la sauce prit : même si les sonorités étaient plus légères, des synthés et des beats intégrés et les saturations carrément proscrites, ce fut avant tout la présence et les textes de Manson (« Stupid Girl », « I’m Only Happy When it Rains ») qui étaient exactement dans l’air du temps. En réécoutant les vieux tubes, on peut aussi se rendre compte qu’avec ses sonorités plus léchées, calmes et électroniques, Garbage préfigurait aussi un des genres à succès de la fin du millénaire : le trip hop, avec ses stars comme Portishead, Tricky ou encore Massive Attack. En tout cas, de bons emplacements dans les hit-parades, de nombreux prix et des tournées internationales en furent la conséquence.

Tour de force suivant de Garbage : réitérer ce même succès avec le deuxième album, exercice réputé difficile. Mais avec « Version 2.0 », cela leur réussit aussi. C’est après que les difficultés commencèrent. Avec un troisième album, « Bleed Like Me », mal promu et difficile à vendre – l’Amérique venait de vivre le 11 septembre 2001 –, le groupe se retira de la scène et commença une période où alternèrent hiatus, réunions et projets solos.

En 2007 l’instabilité toucha à sa fin avec un nouvel album, « Beautiful Garbage », et de nouvelles tournées. S’ensuivirent deux autres albums, « Not Your Kind of People » en 2012 et « Strange Little Birds » en 2016 – qui, s’ils ne touchaient plus les masses des années 1990, furent suivis de près par la fan base énorme que le groupe a pu s’attirer au cours des dernières décennies. Gageons qu’un retour sur des bases plus rock – surtout avec le single « Empty » – y était aussi pour quelque chose.

Que ce soit donc pour célébrer la longévité de ce groupe exceptionnel, pour se replonger dans la nostalgie du temps des visages pleins d’acné et de désespoir ou encore pour voir et entendre ce que Garbage mijote de nos jours, marquez donc la date dans votre calendrier.

À la Rockhal, le 22 septembre.

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