Le LSAP en campagne : Rouge ou noir ?

En attaquant frontalement Claude Wiseler, Étienne Schneider mise sur un affrontement entre deux styles. Une posture ingénieuse, mais au résultat incertain.

(Photo : Wikimedia / Ralf Roletschek / CC BY-SA 3.0)

Côté buffet, l’ambiance était à peu près la même qu’habituellement lors des congrès du LSAP : joviale et propice aux discussions informelles. Côté salle, l’événement de dimanche dernier se présentait de manière particulière. Dans l’espace plein à craquer du centre Barblé à Strassen, l’atmosphère n’était pas travailleuse, comme d’habitude, mais festive. Le LSAP avait choisi d’organiser un congrès à l’américaine pour motiver ses militant-e-s.

Lumières, musique, mise en scène, tout était fait pour recouvrir les états d’âme que pourraient avoir les militant-e-s lambda sociaux-démocrates par les temps qui courent. Avec un certain succès, le public suivant avec attention le spectacle et restant jusqu’au bout. Il est vrai que les grands discours de Jean Asselborn et d’Étienne Schneider étaient bien ficelés. Surtout, ils ébauchaient une posture politique qui peut redonner espoir à la base socialiste militante.

Ainsi, en prenant l’Europe et ses valeurs comme sujet principal, Asselborn se posait un peu en successeur de Jean-Claude Juncker. Quant à Schneider, les quelques annonces politiques de son discours ont été éclipsées par son attaque frontale contre Claude Wiseler. Il s’est présenté comme un « Macher », par opposition au « Schléifer » du CSV (des verbes « faire » et « dormir »). En épargnant les autres partis, il s’est quasiment posé en leader d’une coalition contre les chrétiens-sociaux. L’idée est que l’électorat choisira le « dynamique » LSAP et boudera le « léthargique » CSV. Progrès contre immobilisme, cela simplifie la discussion politique, alors que, de toute façon, l’ensemble des partis sont loin d’avoir élaboré leurs programmes électoraux.

Étienne Schneider, tête de liste nationale, a certainement les moyens de mener de manière convaincante une telle campagne. Tout en endossant le rôle de star du congrès, il a su ne pas en faire trop. Solliciter humblement la confiance des délégué-e-s, inviter les 59 autres « Macher » à le rejoindre sur scène, voilà qui a mis l’accent sur sa dimension humaine. Même le poing levé, après son élection avec presque 95 pour cent des voix, était plus le geste d’un sportif que celui d’un tribun. Bon équilibre aussi avec le recrutement de Pascal Husting pour coordonner la campagne électorale – l’ex-cadre national et international de Greenpeace est aussi connu pour ses qualités de « Macher » que pour ses convictions politiques. Accessoirement, Husting apporte une touche d’écologie à la candidature plutôt orientée économie de Schneider.

Le risque est que la peur du changement et le rejet de la croissance déterminent le résultat électoral.

« Raisonnables » et « dynamiques », les socialistes arriveront-ils à éviter le désastre électoral redouté au vu de la crise de la social-démocratie européenne ? Ce n’est pas sûr. Ainsi, le prêche d’Asselborn s’adressait à des convaincus… mais pas à une partie importante de l’électorat socialiste : celles et ceux qui, lors des référendums sur l’Europe, et plus encore sur le droit de vote des étrangers, n’ont pas suivi les consignes du LSAP, mais choisi le vote sanction contre la libéralisation et la mondialisation. En outre, l’appel d’Asselborn à rester unis et à éviter les « numéros de cabaret » garantit une image sérieuse au parti, mais risque de nuire à la clarté de son profil politique.

Surtout, la tentative d’Étienne Schneider pour réduire la campagne électorale à un affrontement entre deux leaders est ingénieuse, mais ne réussira pas forcément. Si le CSV réagit intelligemment, ramenant des sujets comme la croissance et l’identité nationale, perçus comme politiques, au centre du débat, Schneider sera mis à mal. Il ne pourra plus se contenter de décréter l’optimisme par rapport aux changements liés à la digitalisation et d’affirmer que l’ouverture à l’étranger est un bien en soi. Le risque est que la peur du changement et le rejet de la croissance, notamment démographique, déterminent le résultat électoral. Et dans ce cas, le « Schléifer » sera associé à une approche posée des problèmes perçus, alors que le « Macher » passera pour un aventurier.


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