Les Cahiers luxembourgeois : numéro 2, année 2018

Chose promise, chose due : la nouvelle édition des Cahiers luxembourgeois propose la suite du dossier « Lëtzebuerger Literaturen am Verglach », dont la première partie avait été publiée dans le numéro précédent. Plusieurs articles dans la veine des recherches intralittéraires sont donc proposés aux adeptes de la littérature grand-ducale – pour rappel, ces recherches effectuent des comparaisons d’œuvres écrites dans les diverses langues qui composent le corpus de textes nationaux. Till Dembeck y décortique le multilinguisme assumé de feu les éditions ultimomondo, dont le livre « Bicherbuch. Livre des livres. Bücherbuch. Book of books » a constitué en quelque sorte le credo. Tonia Raus compare le « schacko klak » de Roger Manderscheid à « La mémoire de la baleine » de Jean Portante (paru initialement sous le titre « Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine »), y notant que, dans ces deux récits d’enfances luxembourgeoises, le choix de la langue d’écriture – luxembourgeois pour Manderscheid, qui jusque-là avait utilisé l’allemand, français pour Portante, sa fameuse « langue baleine » où l’italien perce – n’est évidemment pas anodin. Sébastian Thiltges, dont on connaît l’intérêt pour l’écologie en littérature par ses chroniques journalistiques, propose sa version d’une critique intralittéraire axée sur « trois écogenres dans la littérature d’enfance au Luxembourg » : une contribution très intéressante, notamment parce qu’elle procure également une bouffée d’air frais, nature oblige, et ouvre des horizons davantage pluridisciplinaires à un dossier déjà très intéressant.

Encore donc un numéro plus fourni dans sa partie scientifique (s’y ajoute un hommage de Germaine Goetzinger à Hannah Schnog) que sa partie créative, puisque cette dernière représente moins d’un tiers de la pagination. « Usual suspect » encore, avec la reprise d’un extrait du dernier one-man-show de Claude Frisoni : c’était il y a tout de même cinq ans, et certes, les Cahiers luxembourgeois n’avaient pas encore amorcé leur renaissance, mais bon… Plus actuelle, la nouvelle « Eliza tanzt nicht mehr » d’Anja Di Bartolomeo, récente lauréate du Concours littéraire national, qui se fait petit à petit une place dans le paysage littéraire local ; à noter aussi le récit biographique « Dan » de notre journaliste Luc Caregari, déjà paru en ligne en quatre épisodes, mais qui trouve là un réceptacle adéquat et peut-être un nouveau public.

Côté poésie, on découvre un texte filiforme de Laurent Fels, belle tranche de sentiments exprimés de façon minimaliste, et deux de Jean Bürlesk dont on ne sait s’il faut les prendre au premier, au deuxième ou au troisième degré tant ils semblent des bluettes adolescentes, venant d’un auteur qu’on sait facétieux. Autrice et auteurs pas inconnus donc ; la véritable découverte pour celles et ceux qui ne sont pas plongés à fond dans le milieu poétique local, c’est la poétesse d’origine hongroise Agnes Marton. Pas angélique, comme le laisserait penser la ravissante (sans ironie aucune) coquille dans son nom sur la première page de sa contribution, l’autrice fait montre de qualités reconnues dans une carrière anglophone déjà ponctuée de nombreuses résidences et collaborations internationales. Cinq poèmes variés où l’on peut ressentir l’influence du « creative writing » à l’anglo-saxonne, qui dévoilent un talent méconnu dans son pays de résidence. Exactement ce qu’on attend des Cahiers. Avec un peu plus de littérature par rapport aux articles scientifiques la prochaine fois, chiche ?


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