Les Cahiers luxembourgeois : numéro 3, année 2017

Cette nouvelle mouture des Cahiers luxembourgeois, qui ont repris leur parution en novembre 2016 après une pause de sept ans sous l’égide d’un nouveau trio (Ian De Toffoli, Marc Limpach et Elise Schmit), n’avait pas encore fait l’objet d’une brève culturelle dans le woxx. C’est surtout le manque de place qui est à blâmer, puisqu’on ne peut qu’approuver la création d’une « plateforme libre permettant l’expérimentation littéraire » au grand-duché, donnant « une possibilité pour le lecteur de découvrir la production littéraire actuelle du Luxembourg ». Omission désormais réparée avec notre version en ligne, et l’occasion de vérifier si les objectifs sont tenus… et tenables sur la longueur.

Car se pose effectivement, pour la première partie consacrée à la création littéraire, la question de la possibilité d’une continuation dans la même voie sans élargissement de l’horizon, tant les sommaires des quatre numéros parus semblent se baser sur les « usual suspects » de la littérature grand-ducale. On rétorquera qu’au petit Luxembourg, l’effectif est forcément limité. Ce qui est vrai ; mais on attend les Cahiers au tournant pour révéler de nouveaux talents, après tout. En ce qui concerne les contributions proprement dites, le qualificatif d’« expérimental » n’est pas volé : dans ce numéro, hors les poèmes d’Ulrike Bail taillés et ciselés avec la précision chirurgicale habituelle de l’autrice – et la nouvelle de Gast Groeber, dont on soupçonne qu’elle était prête depuis belle lurette –, on sent que la plupart des textes n’ont probablement pas subi le polissage qui précède habituellement une publication. On peut s’en offusquer, mais force est de constater que le contrat des Cahiers évoqué plus haut est rempli sur ce point. Une situation incongrue par exemple pour un Nico Helminger, qui livre une succession de saynètes fortement ironiques dont la structure semble encore contenir les échafaudages de la construction. Autres textes de Nathalie Ronvaux, Steve Hoegener, Susanne Jaspers, Claudine Muno et Jeff Thill.

La seconde partie, consacrée aux essais et articles scientifiques, n’a elle rien d’expérimental. Les contributions sont toutes passionnantes – et dans un style évidemment très classique, avec notes de bas de page et références obligées. On y lira donc : la suite du débat sur l’Europe commencé dans les numéros précédents – excellente idée que ce droit de suite qui structure la publication –, cette fois à travers les yeux de Véronique Bruck ; un article de Ben Fayot sur un épisode de l’après-guerre au Luxembourg qui décortique la fabrication de l’ordre moral ; et une étude de Myriam Sunnen sur les relations entre Edmond Dune et les Cahiers. On pourrait peut-être considérer cette partie « sérieuse » comme la fondation sur laquelle la créativité quelquefois vacillante de la première partie peut s’exercer.

Difficile exercice d’équilibre que devra renouveler la revue, car, on l’a évoqué, il y aurait lieu d’élargir l’offre en proposant notamment des auteurs et autrices qui n’ont pas encore fait l’objet de l’attention médiatique luxembourgeoise… et pourquoi pas en allant recruter du côté de la Grande Région. Le souffle risque autrement de manquer pour un intérêt pérenne. On scrutera donc consciencieusement les prochains numéros.


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