Libre-échange UE-Canada : Pas d’accord ?

Ni la manif ni le protocole additionnel n’ont fait pencher la balance. Qu’est-ce qui pourrait encore empêcher le CETA ?

(Photo : Raymond klein)

(Photo : Raymond klein)

Des altermondialistes qui chantent en anglais ? Mais si, ça existe. « Do you hear the people sing, singing the song of angry men… », c’est ce que scandaient les 4.000 militant-e-s anti-CETA lors de la manif du samedi 8 octobre. Une chanson française à l’origine, qui plus est, issue de la mise en musique des « Misérables ». Ce qui montre que les critiques de la mondialisation libérale sont loin d’être des nationalistes sur la défensive. Au contraire, ils affirment la dimension internationale de leur combat, qui peut être un atout pour démasquer les manœuvres des élites politiques nationales.

Au Luxembourg, cette élite est favorable à la mondialisation, mais raisonne de manière conservatrice et provinciale. Ainsi, pour présenter lundi dernier son analyse de la « joint interpretative declaration », le protocole additionnel au CETA, le ministère des Affaires étrangères avait choisi de fournir aux journalistes un texte en luxembourgeois – sans doute une première. On espérait sans doute ainsi convaincre jusqu’au dernier « Lëtzeboia » des bienfaits de ce protocole.

Or, deux jours auparavant, lors de la manif, les prétendues avancées du protocole additionnel avaient été rejetées comme étant sans véritable valeur juridique. Et Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, avait exprimé sa déception face aux deux partis gouvernementaux progressistes. Au LSAP, elle reprochait d’avoir mis en jeu la démission de Jean Asselborn afin d’obtenir que le congrès adopte une motion pro-CETA. Quant aux Verts, elle les soupçonnait de ne pas bloquer l’accord principalement parce qu’ils sont au gouvernement.

Suite au congrès, aucun-e député-e socialiste ne participait à la manif, mais les Jeunesses socialistes, les « Lénkssozialisten », ainsi que de nombreux syndicalistes membres du LSAP étaient présents. En plus des députés de Déi Lénk, on en aperçut quelques-uns de Déi Gréng. En effet, à la différence des socialistes, les Verts avaient tenté de s’afficher unis dans l’ambiguïté.

Jean, un veto !

Il est vrai que le dossier CETA est complexe. Asselborn n’avait pas entièrement tort d’affirmer lundi qu’on avait tenu compte des inquiétudes de la société civile : le texte du traité a été profondément modifié ces 12 derniers mois. Et alors que le protocole ne modifie pas les clauses du CETA, il aura son importance dans certains cas litigieux. Mais pour cela, il faut d’abord qu’il soit adopté définitivement. Un premier obstacle a été franchi jeudi : le Tribunal constitutionnel allemand (Bundesverfassungsgericht) a donné un feu vert provisoire à la signature prévue le 18 octobre, tout en prévoyant de revenir en profondeur sur le dossier. Par contre, d’autres gouvernements, libéraux et plutôt défavorables au protocole additionnel, pourraient remettre en question celui-ci.

Dans un tel cas de figure, le gouvernement luxembourgeois devrait en toute logique refuser sa signature. Le LSAP ou les Verts auront-ils le courage d’exiger cela ? Les critiques du CETA au sein des deux partis espèrent plutôt qu’un autre pays finira par mettre son veto. Par exemple l’Autriche, où le chancelier social-démocrate est actuellement sous pression. Le nouveau Jean Valjean pourrait bien s’appeler Christian Kern, mais sûrement pas Jean Asselborn.


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