LSAP et asile 3/4 : Propositions concrètes

Qu’en est-il des mesures pratiques présentées par le LSAP la semaine dernière ? Les positions de principe nous ont paru ambiguës (voir LSAP et asile 2/4) ; pour les propositions concrètes, l’impression est plus positive.

Tuyaux pour réfugié-e-s !? Röhren-Flüchtlingscamp à la Documenta 14 à Kassel, œuvre de Hiwa K (photo : lm).

Aux yeux du LSAP, accueillir des demandeur-se-s d’asile « n’est pas seulement un devoir mais surtout aussi une chance pour une société de grandir humainement ». À condition de mettre en place « le cadre adapté pour une intégration réussie ». De nombreux éléments constitutifs d’un tel cadre ont été présentés lors de la conférence de presse du 21 août.

Les socialistes partent du constat que « beaucoup d’efforts restent aussi et surtout à faire en matière d’intégration des réfugiés ». Réorganiser les structures d’accueil leur semble d’autant plus important qu’« autrement, nous risquons une catastrophe si jamais les afflux reprennent pour de bon ». Avec comme idée directrice que l’intégration se fait avant tout « à travers le travail, l’école et la vie associative – à travers le contact humain tout simplement ».

Intégration par le travail

Pour la conférence de presse, le LSAP avait choisi le restaurant oriental Chiche, employant des réfugié-e-s. Le Chiche est issu d’une initiative de la société civile – et représentatif des nombreux projets citoyens qui, aux yeux du LSAP, « font un travail extrêmement important et qui méritent d’être soutenus ».

C’est à l’État et aux communes d’en faire plus et de faire mieux, estiment les socialistes. Et constatent que « l’accès au marché du travail a travers le système de l’AOT (autorisation d’occupation temporaire) (…) n’est pas efficace, trop lourd et trop compliqué », qualifiant l’AOT d’« obstacle à l’intégration ». En conséquence, les socialistes proposent d’autoriser les demandeur-se-s d’asile à travailler au bout de six mois de présence au Luxembourg.

École et logement

Autre « obstacle » dénoncé par les expert-e-s du LSAP, qui sont visiblement présent-e-s sur le terrain : les classes d’accueil au sein des foyers. Idéalement, pour les socialistes, « tous les enfants (…) doivent obligatoirement intégrer des classes régulières dans les écoles, avec des moyens et des cours supplémentaires au début ». Les classes d’accueil seraient réservées aux cas particuliers et localisées impérativement « dans les mêmes bâtiments scolaires que les autres classes ». Enfin, le LSAP ne jure pas que par le luxembourgeois comme langue d’intégration pour les adultes : « si les personnes maîtrisent déjà le français, c’est un atout d’apprendre aussi le luxembourgeois », une manière d’articuler l’évidence que sur le marché du travail (hors fonction publique), l’intégration ne passe pas par le luxembourgeois.

Sur le sujet sensible du logement, le LSAP met en garde contre les jalousies entre résident-e-s à faible revenu et réfugié-e-s. Un défi face auquel les socialistes se montrent timides : « Le LSAP n’entend pas fixer des quotas pour les communes afin que les BPI [bénéficiaires de protection internationale] soient pris en charge dans toutes les communes. Le LSAP propose plutôt d’introduire des quotas pour logement social dans les communes pour toutes les personnes dans le besoin, BPI et autres résidents. » Afin de faciliter le logement chez des particuliers, les socialistes souhaitent remédier à l’absurdité des dispositions en vigueur : actuellement, dans ce cas de figure, le BPI est considéré comme membre de la communauté domestique et perd son revenu d’inclusion sociale.

Un ministère et quatre placards

Rendre la politique d’immigration, d’asile et d’intégration plus efficace, c’est le souhait du LSAP, qui reconnaît implicitement que lui et ses partenaires de coalition n’ont pas toujours été à la hauteur. Pour faire mieux, l’idée est de créer « un seul ministère responsable de toutes les facettes », regroupant quatre administrations : une pour les demandes d’immigration et d’asile, une pour les « retours », une pour gérer les « structures de retour » et l’Office d’accueil et d’intégration (Olai).

Le LSAP propose aussi, en plus du centre de rétention actuel, de créer trois nouvelles « structures pour personnes déboutées », comme annoncé déjà dans son programme (LSAP et asile 1/4). On pouvait craindre une multiplication de structures répressives, mais l’intention semble être de créer des alternatives aux séjours au centre de rétention, considérés comme particulièrement éprouvants. Il y aurait aussi « une structure permanente pour les personnes tombant sous le règlement Dublin qui remplace le SHUK actuel », un foyer pour les personnes déboutées qui ne peuvent pas être renvoyées et une « maison retour pour personnes vulnérables, dont femmes seules et familles ». Le centre de rétention serait alors réservé aux hommes seuls.

Ce serait une amélioration, dans la mesure où les conditions seraient moins sévères dans les nouvelles structures. Mais le risque est qu’on hésiterait moins à infliger une privation de liberté plus ou moins grande à des réfugié-e-s qui n’ont commis aucun crime. Décidément, l’humanisme à la manière du LSAP n’est pas dépourvu de contradictions – nous y reviendrons dans notre commentaire sur l’ensemble des propositions (LSAP et asile 4/4).

Tous les articles du dossier online-woxx sur le LSAP et les réfugié-e-s.

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