LSAP et CETA : Pas la lutte finale !

Le congrès extraordinaire des socialistes cette semaine a montré un parti divisé entre idéalistes et pragmatiques – et cela pas uniquement sur le thème du CETA.

(Photo : Greenpeace)

(Photo : Greenpeace)

Alors que les manifestants de Greenpeace avaient enroulé leurs transparents – sur lesquels ils suggéraient que même Robert Krieps aurait claqué la porte aux accords de libre-échange – et disparaissaient dans la nuit tombante derrière le stand de « Thüringer », c’est au secrétaire général Yves Cruchten qu’a incombé la lourde tâche de commencer un congrès extraordinaire qui promettait la zizanie. « Vous n’aurez pas droit ce soir à un ‘show down’ », a-t-il plastronné. « Nous ne nous laisserons pas imposer une discorde venue de l’extérieur – c’est une dispute qui n’existe pas dans ce parti. » La suite de la soirée ne lui a pas donné raison, même si les craquelures dans le LSAP ne sont pas apparues de façon spectaculaire.

Émotions contre arguments

Mais d’abord, il a fallu endurer un discours enflammé et émotionnel du doyen du parti – et du socialiste le plus coté du pays – le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn. Lui aussi, comme plus tard le fera encore le président Claude Haagen, n’a pas hésité à verser de l’huile sur le feu, en prétendant que « certains » du parti n’hésiteraient pas à séparer les socialistes en deux catégories : « les amis des syndicats et les amis de la haute finance ». Pour le reste, il s’est laissé aller à une défense du CETA en règle et entendue des centaines de fois déjà : « Le Canada n’est pas l’Amérique » – « Nous avons besoin du libre-échange, même si je comprends les angoisses qu’on peut avoir face à la mondialisation » – « C’est la faute à l’Organisation mondiale du commerce qui bloque tout » et puis : « Nos valeurs, nos normes et notre modèle sociétal ne sont pas mis en cause. » Pour mettre les points sur les i, il a menacé de démissionner au cas où le congrès voterait contre la résolution pro-CETA préparée par le comité directeur. C’est ce qu’on appelle argumenter avec raison.

Puis c’était au tour des différents intervenants (majoritairement des syndicalistes et des membres des Jeunesses socialistes) – qui avaient préparé deux contre-résolutions qui ont été refusées – de présenter leurs arguments. Contrairement à Asselborn, ces derniers n’avaient que cinq minutes. Ils ont rappelé que c’étaient bien les lobbyistes des multinationales qui étaient à l’origine du CETA, que les fameux « protocoles additionnels » utilisés par les pro-CETA pour calmer le jeu étaient négociés dans le secret le plus absolu et surtout que l’ICS, la juridiction devant remplacer le système ISDS qui aurait réglé les différends entre investisseurs et États, n’était pas au point. Pour les critiques de la gauche du parti, ICS et ISDS se valent : c’est une question de principe de ne pas accepter une juridiction parallèle, seulement accessible aux investisseurs et non pas aux citoyens, voire aux administrations.

Qu’une partie de la base souhaite renouer avec les principes du parti socialiste était un fil rouge dans les interventions. Cette pensée s’est cristallisée dans le discours du conseiller communal eschois Mike Hansen, qui a rappelé qu’un Jeremy Corbyn en Angleterre, un Bernie Sanders aux States ou encore la SPÖ autrichienne (qui s’est exprimée contre le CETA) ont démontré qu’on peut faire de la politique socialiste et de gauche et être populaire en même temps. Et de casser au passage l’argument de la partie adverse que les anti-CETA ne seraient que des « dogmatiques » : « Nous ne sommes pas contre le libre-échange, nous voulons uniquement qu’il soit juste et équitable pour tout le monde », a-t-il martelé.

Il était intéressant de voir que, tandis que les critiques essayaient d’étayer leur discours avec des arguments, les pro-CETA misaient sur l’émotion. Comme les ministres Étienne Schneider ou encore l’ancien de l’aile gauche Dan Kersch (en pull flambant rouge d’ailleurs). Une absence était pourtant notable du côté du comité directeur du parti : le ministre Nicolas Schmit.

Quoi qu’il en soit, le chantage d’Asselborn a fonctionné et la résolution pro-CETA a été acceptée largement, avec un petit changement cosmétique dans la dernière phrase. Ce qu’on a vu mardi dernier, c’est un parti qui s’est réuni et quitté avec les mêmes divisions internes. Un parti qui probablement ne donnera une chance à son aile gauche que quand il retrouvera les bancs de l’opposition. Un bien triste parti. Ce jeudi, les Jeunesses socialistes ont d’ailleurs appelé à participer à la manif de ce samedi – un signe que la rupture est définitivement consommée.

 

siehe auch den Beitrag zur LSAP-Rentrée:
LSAP: TTIP nein, CETA ja


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