Mauvais compromis européen pour le marché carbone

Le système de quotas d’émissions va être réformé, mais des centrales à charbon continueront à être construites, et le prix du CO2 n’augmentera guère.

Manif du 3 novembre devant la centrale à charbon de Köln-Neurath.
(© klima-kohle-demo)

« Le compromis historique d’aujourd’hui démontre que l’Union européenne transforme ses engagements et ambitions de [la COP21 à] Paris en des actions concrètes. » C’est ainsi que le journal en ligne Euractiv cite le commissaire européen pour le climat et l’énergie Miguel Arias Cañete. Le 9 novembre, après de longs mois de négociations, un accord sur la réforme du système d’échange de quotas d’émissions européen (Emission Trading Scheme, ETS) a été trouvé. Ce système, supposé réduire les émissions de CO2 de l’industrie en faisant monter le prix des « droits à polluer », est en place depuis 2005. Mais il n’a jamais vraiment fonctionné, les droits accordés aux industries étant trop nombreux provoquant un écroulement des prix.

Le charbon, financé par le fonds de modernisation

Initialement, les négociations avaient porté sur la réduction des quotas accordés gratuitement et sur le mécanisme retirant progressivement des quotas du marché (voir woxx 1413). Mais ces derniers mois, c’est surtout la possibilité d’utiliser le fonds de modernisation pour construire des centrales à charbon qui était au centre des controverses. Cette possibilité, défendue notamment par la Pologne, fait partie du compromis obtenu.

Le journal en ligne EU Observer cite Neil Makaroff, du Climate Action Network, parlant lors d’une table ronde dans le cadre de la COP23 : le militant a qualifié le compromis de « mauvaise réforme », parce qu’il permettra de financer certains projets à base de charbon. En fait, cette possibilité est assez limitée et ne concerne que des centrales à cogénération en Bulgarie et en Roumanie, mais pas en Pologne. C’est ce qu’a relevé le secrétaire d’État allemand à l’Environnement Jochen Flasbarth, reprochant à Makaroff de dresser un trop sombre tableau de la réforme.

Une réforme qui ne change rien

Flasbarth, lors de la table ronde, n’a cependant pas peint le compromis en rose : « Nous assisterons à une remontée [des prix du CO2] (…). Mais je suis sûr que les prix n’atteindront pas un niveau suffisant pour induire un abandon du charbon. » Dans une analyse de la réforme sur Euractiv, la journaliste et experte des marchés carbone Aline Robert estime également que l’augmentation du prix du carbone sera trop faible pour accélérer la transition énergétique de l’industrie.

Brune Poirson, la secrétaire d’État française à l’Environnement, également présente à la table ronde, a néanmoins tenté de défendre le compromis tout en félicitant les ONG pour leur pression : « Je vous remercie donc, mais je vous dis aussi : en voulant toujours plus, parfois on finit par obtenir moins. »

Une attitude ambiguë qui augure mal de la capacité de la France à relancer la dynamique des négociations climatiques au niveau mondial. C’est pourtant ce que s’est proposé de faire le président Emmanuel Macron avec le sommet du 12 décembre à Paris. Un article à paraître vendredi dans l’édition papier du woxx sera consacré à ce sommet et à d’autres compromis climatiques européens.


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