Migration : Appel des comités internationaux des camps de concentration nazis

Juifs français internés à Drancy, le 1er août 1941. (Photo : Bundesarchiv)

À l’initiative de l’Associazione nazionale ex deportati nei campi nazisti (ANED), les responsables des comités internationaux des camps de concentration nazis se sont réunis à la Casa della Memoria à Milan, le 1er juillet dernier, pour lancer un appel devant les menaces avérées contre la mémoire et l’avenir de l’Europe et de ses citoyens.

Les signataires sont notamment indignés par « la réponse de certains États européens devant l’arrivée de réfugiés poussés par la guerre et la misère », qui au lieu d’offrir un accueil humanitaire aux réfugié-e-s prônent la fermeture de leurs frontières.

Ils se posent la question des valeurs que l’Europe veut transmettre aux jeunes générations et n’acceptent pas que l’égoïsme et la peur de l’autre remplacent les valeurs d’humanisme qui sont au cœur de notre histoire commune européenne et des engagements pris depuis la libération des camps nazis.

Leur appel, que nous reproduisons de façon complète ci-dessous, s’adresse à tou-te-s les élu-e-s des institutions nationales et européennes « pour que leur recherche commune de réponses adaptées aux phénomènes migratoires soit guidée en priorité par le respect de la dignité humaine ».

Appel de Milan du 1er juillet 2018

« Nous sommes dépositaires des témoignages des rescapés des crimes nazis, porteurs d’une mémoire vivante et douloureuse et nous nous faisons les porte-paroles des milliers d’hommes et de femmes survivants des camps, de leurs descendants et des simples citoyens qui militent au sein de nos associations.

Nous avons à cœur de préserver de l’oubli, de la banalisation et de la destruction les anciens camps de concentration devenus lieux de mémoire de l’humanité, en nous basant, entre autres, sur la résolution du Parlement européen du 11 février 1993 « sur la protection européenne et internationale comme monuments historiques des sites des camps de concentration nazis ». Les récentes atteintes aux sites de Mauthausen et de Flossenbürg suscitent notre indignation.

Nous sommes indignés par l’abstention des États de l’Union Européenne lors de l’adoption par l’ONU, le 21 novembre 2014, d’une résolution dont l’objet était la lutte contre la glorification du nazisme.

Nous restons vigilants devant les tentatives nationalistes et populistes d’effacer de la mémoire européenne ces lieux de barbarie mais aussi de combats et de solidarité.

La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 rappelle que « la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité ». Des centaines de milliers de déportés dans les camps nazis en ont été victimes.

Depuis plus de soixante-dix ans, les survivants et leurs descendants sont fidèles aux serments faits lors de la libération des camps. Sans relâche ils ont agi pour la paix, la solidarité fraternelle entre les peuples. Par leurs témoignages ils ont lutté contre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie et les thèses de l’extrême droite en Europe.

Aujourd’hui, devant l’arrivée de réfugiés poussés par la guerre et la misère, la réponse de certains États européens n’est pas l’accueil humanitaire mais la fermeture de leurs frontières. La Méditerranée est devenue un immense cimetière où les espoirs de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont pris fin. L’Europe semble avoir perdu sa mémoire. Beaucoup d’Européens, avant et après la guerre, étaient eux-mêmes des réfugiés. Ils ont connu la solidarité mais aussi la discrimination et le rejet. L’Europe doit retenir les leçons terribles de son histoire récente et ne pas fermer les yeux devant ses responsabilités.

Quelles valeurs voulons-nous transmettre aux jeunes générations ? L’égoïsme et la peur de l’autre ne doivent pas remplacer les valeurs d’humanisme qui sont au cœur de notre histoire commune et de nos engagements.

Nous faisons donc appel à tous les élus des institutions nationales et européennes pour que leur recherche commune de réponses adaptées aux phénomènes migratoires soit guidée en priorité par le respect de la dignité humaine. »

Premiers signataires :

  • Associazione nazionale ex deportati nei campi nazisti (ANED)
    Dario Venegoni, président, et Aldo Pavia, vice-président
  • Comité international de Buchenwald-Dora
    Dominique Durand, président
  • Comité international de Dachau
    Jean-Michel Thomas, président, et Preben Dietrichson, administrateur
  • Association des déportés et familles des disparus du camp de concentration de Flossenbürg et Kommandos
    Michel Clisson, président
  • Comité international de Mauthausen
    Guy Dockendorf, président, Floriana Maris, vice-présidente, et Jean-Louis Roussel, vice-président
  • Comité international de Natzweiler-Struthof
    Jean-Marie Muller, président, et Claes Reksten, secrétaire général
  • Amicale internationale de Neuengamme
    Jean-Michel Gaussot, président, et Christine Eckel, secrétaire générale
  • Comité international de Ravensbrück
    Ambra Laurenzi, présidente, et Jeanine Bochat, vice-présidente

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