Mudam : Eng däreg Affaire… à suivre

L’affaire Lunghi/RTL/Bettel/Mudam est en train de développer un dynamisme destructeur qui semble contaminer chaque personne impliquée de près ou de loin.

1400news_mudamL’abcès est crevé, mais on s’étonne des quantités grandissantes de pus qui en dégoulinent encore et toujours. Après la démission d’Enrico Lunghi de la direction du Mudam, c’était au tour de Xavier Bettel de passer un mauvais quart d’heure ce lundi devant les députés de la commission parlementaire en charge des affaires culturelles – sur invitation du CSV, qui se délecte des déboires du premier ministre. Et vu que cette fois Bettel ne pouvait plus envoyer son secrétaire d’État au front, il a dû s’y présenter en personne.

Non, rien de rien…

Selon nos informations, c’est surtout l’ancienne ministre de la Culture Octavie Modert qui est montée sur les barricades en mitraillant son successeur de questions statutaires. Elle voulait par exemple savoir si premier ministre a le droit de condamner publiquement un fonctionnaire sans lui avoir donné la chance de s’exprimer lui-même sur ce qu’on lui reproche. Dans ses réponses, Bettel aurait été plutôt évasif avant de jouer la carte de la morale : « Si quelqu’un de vous pense que ce qu’il a vu à la télévision ce soir-là était approprié, qu’il le dise haut et fort », aurait-il rétorqué aux députés inquisiteurs. Alors que ce n’est pas la question. Le comportement d’Enrico Lunghi était inapproprié – et il a été le premier à le reconnaître pendant l’interview et le seul jusqu’ici à en avoir subi les conséquences. Mais, en tant que ministre des Médias, Bettel ne devrait-il pas se poser la question de savoir si l’émission de RTL « De Nol op de Kapp » ne pourrait pas être un peu tendancieuse, voire biaisée, comme il est établi maintenant ? Car croire à cent pour cent en la couverture médiatique de RTL est bien naïf pour un ministre des Médias, qui de plus est conseillé par un ancien journaliste. Pour calmer les esprits, Bettel aurait promis l’installation prochaine d’une « commission du suivi de la qualité du programme »… ce qui ne change rien à l’état des choses. Car c’est la concession entre État et RTL qu’il faudrait changer et non instaurer une énième commission.

Cela dit, Bettel persiste et signe : il ferait exactement la même chose aujourd’hui. La stratégie de ne pas admettre un faux pas même s’il crève les yeux est surtout une affaire de style politique – et risquée. Car entre-temps, le cercle de ceux qui sont touchés par ce scandale grandit à vue d’œil. Il y a d’abord Enrico Lunghi en personne, qui a annoncé une plainte contre la CLT-UFA, la maison-mère de RTL Luxembourg, pour atteinte à son image. Gageons que le prochain conseil d’administration chez CLT-UFA, prévu pour le 7 décembre va être chaud.

D’autant plus que l’Alia (l’Autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel) vient aussi de s’autosaisir de l’affaire, Et puis, les investigations de l’Alia et de la justice ne pèseront pas uniquement sur RTL mais aussi sur les conclusions définitives de l’enquête disciplinaire instaurée contre Lunghi dans la hâte par son ministre de tutelle.

À côté des querelles internes à tous les niveaux déjà induits par l’affaire, c’est l’émission « De Nol op de Kapp » elle-même qui est devenue victime de son reportage. L’avenir dira si l’affirmation de la chaîne que le concept sera revu est une sentence de mort définitive ou non.

Il reste encore le conseil d’administration du Mudam. S’il a soutenu mollement son directeur juste après que l’affaire a éclaté, le traitement interne n’aurait pas été si clément. Car le conseil a infligé deux blâmes à Lunghi : une fois pendant l’affaire elle-même – alors qu’ayant pu visionner les « rushes » de l’interview les membres savaient pertinemment que le reportage était manipulé -, et puis lors de la « Nuit des musées » où Lunghi, pas informé de leur venue, aurait raté Bettel et le secrétaire d’État Guy Arendt qui souhaitaient s’expliquer avec lui.

Ultime raison pour laquelle le conseil d’administration est à plaindre – et pas des moindres : la difficile recherche d’un successeur. La question de savoir quelle pointure internationale va se risquer à postuler se pose. Encore plus après les nombreuses déclarations de solidarité nationales et internationales. Pourvu qu’ils ne l’outsourcent pas à PWC…


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.