Mudam : Madame Cotter, du branding et un fantôme

Ce vendredi matin, sous les fenêtres embuées du hall du Mudam Café, Laurent Loschetter proclamait donc ce que le pays savait de toute façon : Suzanne Cotter sera la nouvelle directrice.

On pourrait presque croire que la radio 100,7 a un nouveau service : celui de la fuite de nominations un jour avant la proclamation officielle. Après Stéphane Pallage comme nouveau recteur de l’université, le service public a annoncé le nom de Suzanne Cotter comme nouvelle directrice du Mudam.

Selon les dires de Loschetter – qui dans une première partie de la conférence de presse affrontait seul les journalistes – l’affaire aurait été vite conclue : « Parmi les trois candidatures retenues sur une shortlist, le comité de sélection avait dès le début une nette préférence pour Suzanne Cotter », a-t-il expliqué. Originaire de Melbourne et âgée de 56 ans, Cotter peut se prévaloir d’un CV impressionnant : commissaire d’exposition à la Hayward Gallery à Londres de 1998 à 2002, conservatrice principale et directrice adjointe du Modern Art Oxford (2002-2009), commissaire du « Projet Abu Dhabi » de la fondation Guggenheim par la suite et finalement directrice artistique du Museu de Arte Contemporânea Fundação de Serralves à Porto.

Du moins les craintes que le comité de sélection se rabattrait soit sur un directeur managérial, soit sur une personne qui essaierait de pousser le Mudam vers un espace d’exposition d’art plus moderne (ce qui avec un Centre Pompidou à Metz équivaudrait à un suicide commercial et artistique) ne se seront pas confirmées. Cotter est résolument ancrée dans le monde de l’art contemporain et serait « très intéressée par le côté multiculturel du Luxembourg, et veut ouvrir le musée à la ville et à ses habitants ». De plus elle aurait négocié une « liberté absolue » dans la configuration de ses futurs projets : « Attention, Suzanne Cotter peut paraître très gentille, mais elle sait obtenir ce qu’elle veut », a prévenu Loschetter. De quoi vous donner envie de poser un mouchard dans la prochaine réunion du conseil d’administration.

Franc-parler de Su-Mei Tse

Loschetter est revenu plus tard aux prouesses introduites sous son égide. Une nouvelle entrée du musée, un passage désormais gratuit vers le Mudam Café, des pins magnétiques au lieu de cartons d’entrée (« un outil de communication et un beau souvenir ») et de nouveaux polos pour le personnel. Donc une sorte de branding humain. On ne peut s’empêcher de penser à Loschetter avec un chapeau de cowboy qui applique son sigle brûlant sur le pauvre personnel, qui n’attendait sûrement que ça pour sortir de l’anonymat. Tous des éléments qui « n’allaient absolument pas », selon lui. Une façon aussi de justifier sa présence et ses actions, aux dépens d’Enrico Lunghi – dont il n’a même pas prononcé le nom.

Remise d’une corbeille de fruits de production luxembourgeoise aux membres du gouvernement par le Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin

Heureusement que l’artiste Su-Mei Tse – qui a présenté son exposition « Nested » après les annonces du directeur administratif – a remis les pendules à l’heure. D’abord en tenant à remercier Enrico Lunghi de l’invitation et de la mise en place de l’exposition solo. Puis en souhaitant que « la nouvelle directrice soit vraiment soutenue par tout le monde, y compris le monde politique et le conseil d’administration ». « Ce qui est arrivé à Marie-Claude Beaud et à Enrico Lunghi ne devra plus se répéter. Donc soutenez-la au nom de l’art », a-t-elle plaidé. D’ailleurs, même son de cloche de la part des commissaires de l’exposition collective « Flatland/Abstractions narratives #2 », Marianne Derrien et Sarah Ihler-Meyer, qui ont insisté sur le fait que le projet était en route depuis plus de trois ans, donc encore sous l’égide de l’ancien directeur.

Ainsi, la transition n’est pas aussi parfaite et nette que le conseil d’administration ou la sphère politique le souhaiterait. D’ailleurs, ni Xavier Bettel ni Guy Arendt n’étaient présents pour cette annonce tout de même importante. En même temps, ils ont dû réceptionner une corbeille de fruits du « Lëtzebuerger Landesuebstbauveräin ». On a les priorités qu’on a…


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