Musique du monde : Le maître des Balkans

Le meilleur pour la fin : la Séibühn Ënsber invite Goran Bregović et son « Wedding & Funeral Orchestra » pour jouer le programme « Champagne for Gypsies ».

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Le maître au milieu de sa joyeuse bande. (Photo : flickr / VENI)

Le Luxembourg n’échappe pas à la règle : quand il s’agit des Roms, la schizophrénie s’installe. Qu’on se rappelle l’année culturelle 1995, quand une formation venue des Balkans n’avait pas pu jouer pour l’ouverture car la police les empêchait d’entrer sur le terrain ; ou les vociférations récentes d’un avocat en mal de présence médiatique, qui n’a rien su faire de mieux que déverser son fiel de gros bourgeois dégueulasse sur les plus vulnérables de notre société. En tout cas, les « Gitans » suscitent aussi bien fascination que répulsion.

Pour réunir ces deux aspects, Goran Bregović est de loin la meilleure solution. Non seulement à cause des bandes originales composées pour les chefs-d’œuvre de son ami Emir Kusturica – « Le temps des Gitans », « Arizona » et « Underground » – qui souvent ont à cœur un certain rétablissement de la culture romani, au-delà des préjugés qui ont toujours la peau dure. Mais parce que Goran Bregović lui-même a toujours conservé au fil des nombreuses années de sa longue carrière une mixité dans les orchestres qui l’accompagnent dans ses tournées.

Ce qui n’étonne guère en fait : lui-même d’origine serbe et croate, il a passé son enfance tiraillé entre les cultures de sa mère et de son père qui se sont vite séparés. Cancre au lycée, comme au conservatoire d’ailleurs, le jeune Goran Bregović se passionne très vite pour la musique rock et commence à se bâtir une petite carrière dans ce filon, avant même la chute du Mur et les multiples guerres qui vont déchirer son ancienne patrie. Après les premiers succès des bandes originales pour Kusturica, la réputation de Goran Bregović n’est plus à faire. Ainsi, il collabore avec nombre d’autres cinéastes, comme Patrice Chéreau, mais aussi avec des musiciens inconnus au bataillon en Occident mais superstars à l’Est – comme Sezen Aksu, Georges Dalaras ou encore Krzysztof Krawczyk.

Ces multiples collaborations soulignent également l’éclectisme musical du musicien. Avec lui, on n’est jamais vraiment sûr de ce à quoi il faut s’attendre. Son « Wedding & Funeral Orchestra » comporte tantôt des chœurs masculins orthodoxes, tantôt une grande ou une petite section de cuivres, voire une bande musiciens roms. La seule chose dont on peut être sûr, c’est que la soirée va être chaude – car la musique balkanique, quelle que soit son origine précise, est avant tout diaboliquement rythmée et riche en mélodies.

De plus, le nom du programme « Champagne for Gypsies » – qui est aussi celui de son dernier album en date – est tout sauf innocent. Comme Goran Bregović l’a fait savoir, le titre et les chansons ont pour but de contribuer à arrêter la diabolisation du peuple rom en Europe. Alors, si vous voulez faire un geste envers Me Vogel tout en vous offrant un beau concert, rien ne devrait vous retenir de prendre la route d’Insenborn.

À la « Séibühn Ënbser », le 16 août.

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