Musique expérimentale : Coups bien placés

Pour l’année 2018, les Rotondes continuent leur programmation musicale éclectique et courageuse. 
Le premier rendez-vous de l’année est consacré à Andrea Belfi.

L’homme aux moustaches sera derrière les fûts.

Tandis que la programmation musicale d’autres institutions étatiques ressemble de plus en plus à une informe masse commerciale – on n’a qu’à regarder celle de la Rockhal, qui est une insulte à tout amoureux de la musique actuelle, tant elle suinte les groupes commerciaux et les « big acts » faisant tinter les caisses –, les Rotondes continuent de tracer leur route parmi les rares vaillants chevaliers de la découverte.

Premier invité de la nouvelle année donc : Andrea Belfi. Le nom ne vous dit probablement rien, comme à l’auteur de ces lignes avant de découvrir son œuvre. Né en 1979, Belfi a commencé très tôt à s’intéresser à la percussion. D’abord dans des groupes de punk locaux, comme il se doit. Puis, vers le début du nouveau millénaire, il se tourne vers la musique expérimentale. Une musique très prisée dans les métropoles du Nord italien, comme l’ont montré par exemple les Romains de Zu – un des groupes phares de la scène.

Mais là où ces derniers misent sur des dissonances assez violentes et des structures issues du free jazz, Belfi met en avant des textures savamment étudiées à l’avance. Même si cela semble être de l’improvisation, les travaux de Belfi sont dépendants d’un sampler et doivent donc être joués précisément – l’électronique ne pardonne pas, et n’improvise pas non plus. Enfin, pas encore.

Toute cette expérience, Belfi l’a acquise en collaborant au fil des ans avec des artistes renommés de l’underground américain. Parmi eux, Carla Bozulic, ex-meneuse des Geraldine Fibbers, une figure du mouvement « alt folk » qui a de nombreuses flèches à son arc et qui est à l’origine de maintes collaborations fructueuses de musiciens provenant d’horizons très différents. L’artiste le plus connu de sa longue liste reste cependant Mike Watt. Un des hommes de l’ombre du rock indé américain, Watt a été à l’origine de groupes mythiques comme Minutemen, Dos ou Firehose. Et de plus, il est considéré comme un des bassistes de post-punk ayant le plus d’influence sur sa génération.

Récemment, Belfi s’est aussi fait remarquer comme membre du trio Nonkeen, mené par l’Allemand Niels Frahm. Fort de cet apprentissage, il s’est mis à voler de ses propres ailes. Pas plus tard que l’année dernière, il a signé sur le label londonien Float et a présenté son premier album solo, « Ore », au public de la capitale britannique le 30 octobre dernier.

Sur scène, l’artiste se concentre avant tout sur son instrument principal, la batterie – avec une préférence nette pour le fabricant finlandais Saari. Comme pas mal de performeurs dans son genre, l’élément percussif joué à la main est au centre de la création d’Andrea Belfi. S’y ajoutent des nappes électroniques issues de diverses sources, comme des synthétiseurs ou des samplers. À noter que l’utilisation de l’ordinateur portable ne semble pas être de mise pour le musicien – ce qui évite qu’on puisse lui reprocher de ne pas jouer en live tout ce qu’on entend.

La musique d’Andrea Belfi est un mélange envoûtant, qui surprend autant par ses rythmes aussi complexes que flottants et les instruments savamment utilisés – à aucun moment l’auditeur ne ressent de sensation de saturation –, ce qui la rend très agréable à l’écoute. Si vous voulez passer un bon moment hors de l’univers commercial, filez aux Rotondes !

Aux Rotondes le 27 janvier.

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