Néolibéralisme : Pas une fatalité

Devenons-nous les témoins de la fin du néolibéralisme ? Les signes annonciateurs du déclin de cette idéologie – souvent présentée comme voie sans alternative – se multiplient.

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(Photo : ©political theology)

Ce fut une des phrases-clés de l’ère Thatcher-Reagan : « There is no alternative » – cette formule destinée à couler dans le béton le logos de leur philosophie économique, le tournant néolibéral. En même temps cette surenchère permettait à la gauche de se resituer sur l’échiquier politique en proposant des alternatives autres que le communisme face au capitalisme. Un capitalisme qui de paternaliste était devenu sauvage. Le néolibéralisme est, aujourd’hui encore, plutôt une religion économique qu’une science. On le remarque dans les discours de ceux qui, de droite comme de gauche, se voient contraints de l’appliquer. La croyance en la « main invisible » du marché est indiscutable, et celles et ceux qui en douteraient sont réduits au rang de mécréants.

Il se pourrait bien que les historiens du futur voient notre époque comme celle de la fin du néolibéralisme.

Pourtant, c’est justement sur cet aspect que rebondit un papier récent sorti du Fonds Monétaire International (FMI) – l’instance connue pour avoir forcé maints gouvernements à accepter des « cures » néolibérales et à soumettre leurs populations à des régimes d’austérité. « Policymakers and institutions like the IMF that advise them, must be guided not by faith, but by evidence of what has worked », concluent les trois auteurs, employés dans le département recherche du FMI. Certes, ils n’envoient pas tout l’agenda néolibéral au diable et passent sous silence que les premiers laboratoires néolibéraux, comme le Chili par exemple, étaient des dictatures militaires de droite qui ont coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes. Mais ils admettent que les politiques néolibérales ne sont pas la panacée à tout, et surtout que dans certains cas, elles peuvent faire croître les inégalités et donc nuire à la stabilité politique des pays.
C’est une première faille, mais gageons que d’autres craquelures vont apparaître bientôt. Ce qui est important dans ce papier, c’est de comprendre que même pour le FMI, le néolibéralisme n’est plus une fatalité. C’est la fin d’un système de croyances qui a été imposé à des populations tout autour du globe, en leur disant que justement c’était ça ou le communisme. Plus de 25 ans après la chute du rideau de fer, on se rend compte que le néolibéralisme n’est ni la solution à tous les problèmes, ni même le vainqueur de la grande bataille des systèmes.
Ce point de vue est d’ailleurs partagé par le journaliste britannique John Higgs, qui écrit dans son livre « Stranger than We Can Imagine : Making Sense of the 20th Century » que le néolibéralisme est en somme une idéologie typique du 20e siècle et du culte de l’individualisme, qu’il ne résistera pas à l’ère digitale actuellement en plein essor et que, selon lui, il nous conduira vers une nouvelle époque de communautarisme global. Bref, qu’il se pourrait bien que les historiens du futur voient notre époque comme celle de la fin du néolibéralisme.
Tout cela n’est qu’hypothèse pour le moment encore. Car, pour enterrer cette idéologie néfaste, il faudra au moins éviter deux grands écueils. Le message que le néolibéralisme n’est pas une fatalité et que même le FMI admet que d’autres moyens de gouverner sont possibles devra trouver un relais en politique au-delà du spectre de la gauche et de l’extrême-gauche. Si l’on considère la tendance actuelle des pays de l’Union européenne, cela semble hasardeux. Et puis, il faudra surtout prévenir une plongée dans le chaos, qui risquerait de provoquer encore davantage de guerres qu’il n’en a déjà déclenchées.


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