Noyade au lac de Remerschen : Délit de faciès ?

La noyade du rappeur portugais Puto G a refait surface dans les médias et continue à agiter les consciences. Se posent des questions de racisme au quotidien, mais aussi de politique d’information.

(Photo : © YouTube/Puto G)

C’est un symptôme de la ségrégation communautaire bien réelle au grand-duché : quand, dans l’après-midi du 30 juin, Puto G (de son vrai nom José Carlos Cardoso) se noie dans le lac de Remerschen, son décès est vite classé parmi ceux qui chaque été remplissent les pages des faits divers. Mort accidentelle, tragédie d’un jeune imprudent – et on continue comme avant. Même si la notoriété publique de Puto G en tant que musicien et acteur dans sa communauté est assez grande, elle ne suffit pas à faire céder l’indifférence générale du public. Est-ce que s’il avait été un artiste luxembourgeois, les choses se seraient passées de la sorte ? Difficile à dire, mais il y a de quoi être sceptique.

C’est grâce à un article détaillé paru d’abord dans l’hebdomadaire en langue portugaise Contacto et aux recherches méticuleuses de la journaliste Paula Telo Alves que les événements de ce mercredi de début d’été ont été remis en question – et gageons que la traduction en français de l’article y est aussi pour quelque chose. Car, dans son enquête, la journaliste est tombée sur de nombreuses failles dans la succession d’événements : ainsi, les employé-e-s du lac auraient mis plus d’une heure avant de contacter les services de secours. Corroboré par plusieurs témoignages, le comportement du personnel (aussi des maîtres-nageurs, qui n’auraient même pas de formation spécifique) témoigne surtout des préjugés contre les personnes de couleur. Ainsi, on aurait prétendu que Puto G serait sûrement quelque part pour fumer un joint ou qu’il s’était fait la malle, alors que les témoins de la noyade disent tous l’avoir vu entrer dans l’eau directement après son arrivée, disparaissant sous les flots quelques minutes plus tard seulement.

Préjugés mortels

S’y ajoute que le personnel a surtout fait montre de méfiance envers les ami-e-s et connaissances de Puto G, qui s’affolaient de sa disparition. Si les faits sont avérés, une accusation pour non-assistance à personne en danger sera difficile à éviter, car il est clair que les choses ne se sont pas passées comme elles l’auraient dû. Et il ne s’agit pas de savoir si le jeune homme serait encore en vie si le concept de sécurité avait été au top – il s’agit de déterminer s’il n’y a pas eu deux poids, deux mesures. Car après l’arrivée des secours, les incongruités se poursuivent : il y a cette employée qui persiste à vouloir enlever le bracelet d’entrée au corps sans vie de Puto G, et puis surtout la justice qui décide de ne pas faire d’autopsie (alors que pour la noyade précédente dans le même lac d’un citoyen bulgare, celle-ci a bien été effectuée). Le parquet prétend alors qu’une prise de sang a été effectuée sur la victime – sans livrer à ce jour les résultats, tout de même presque deux mois plus tard.

Mais il y a autre chose qui frappe à la lecture de l’article : les difficultés pour la presse d’obtenir des informations directes, précises et nettes de la part des autorités. Si on ne veut pas de polémique, c’est justement comme cela qu’on ne doit pas faire.

Au moins, les députés LSAP Alex Bodry et Franz Fayot se sont approprié l’affaire et ont posé une question aux ministres (et camarades socialistes) Kersch et Schmit, sans pourtant insister expressément sur l’attitude préjudiciable et supposément raciste du personnel. En attendant la réponse, on devrait du moins honorer la mémoire de Puto G en se rappelant que parfois, les préjugés peuvent être mortels.


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