OPE: Témoignages

Louise (*)

Arrivée : Une connaissance m’en a parlé. Je m’intéressais au théâtre et en particulier à l’improvisation. Je n’étais même pas inscrite à l’Adem. Quand j’ai téléphoné à Archipel, une agente de développement culturel m’a dit que je devais le faire. Je l’ai fait, pour recevoir une carte d’assignation. La placeuse de l’Adem m’a posé beaucoup de problèmes, car j’étais trop qualifiée pour aller travailler chez Archipel. Je ne comprenais vraiment pas, car l’activité me paraissait intéressante. Je me suis battue pour cette carte d’assignation et après cinq mois, j’ai enfin intégré le projet Théâtre Forum. J’ai commencé à travailler en même temps que deux autres comédiennes.

Bilan : Globalement, il est positif. Participer au Théâtre Forum m’a aidée à pouvoir parler plus ouvertement devant un public. Cela a été gratifiant, de provoquer des réactions chez un public, de faire passer un message.

Cependant, je crois que Théâtre Forum n’était pas un projet adéquat pour personnes en mesure de réinsertion, respectivement en situation de difficulté. D’autant plus qu’il n’y avait pas de véritable formation professionnelle. La seule que nous avons faite avec un professionnel a duré 20 heures.

En plus, les deux ans maximum du CDD n’assuraient pas la qualité des prestations, qui, d’ailleurs étaient très coûteuses (le prix pour chaque prestation était de 1500 euros).
Archipel n’a pas investi dans la formation des membres du Théâtre Forum.

Relations entre Théâtre Forum et
Archipel: Il y avait un manque évident de communication entre TF et le reste de la structure. En un an, seules trois réunions entre TF et l’agent de développement culturel se sont réalisées. La direction d’Archipel n’a jamais montré d’intérêt envers les propositions de l’équipe de TF. C’était très difficile de rester motivée si depuis la coordination l’intérêt n’était pas clair.

Antoine (*)

Arrivée : Je cherchais un travail qui me permette développer mes intérêts et compétences artistiques et qui collent à mon diplôme. Début 2012, je suis tombé sur Archipel. Malgré l’opposition de mon placeur, je me suis battu pour y entrer et j’ai commencé en juin 2012. La direction d’Archipel me disait toujours que cette a.s.b.l. était indépendante d’OPE. Une fois dedans, on m’avait proposé une belle perspective : pendant la première année, je travaillerais comme assistant du coordinateur d’un projet et la deuxième année, je ferais une formation pour devenir gestionnaire de projet. Janvier 2013, mon responsable direct est parti et je n’ai jamais commencé la formation proposée.

Crise d’OPE et Archipel : Début décembre 2012, une responsable d’OPE a annoncé au siège de Tétange qu’il y aurait un plan social, mais que les salariés d’Archipel ne devaient pas s’inquiéter. Ensuite, on nous a dit que seuls étaient menacés les CDI avec contrat « OPE », après, que les CDD ne devaient rien craindre? Finalement, des projets ont été clôturés, des CDI licenciés et les CDD ont été dispersés dans d’autres structures ou sont devenus des chômeurs.

Bilan du travail à Archipel : Les idées d’Archipel étaient bonnes, ou du moins me plaisaient. Autrement, je ne me serais pas battu pour y travailler. Mais la gestion ne l’était pas.

La même considération est applicable à OPE. En plus, je me suis rendu compte que le regard extérieur vers les salariés CDD (dits
bénéficiaires) était dévalorisant, car nous étions considérés comme des cas sociaux. En fait, l’idée devait être celle de former des personnes, de leur donner des outils pour leur développement, mais, dans la pratique, ces mesures ont fait diminuer artificiellement le taux de chômeurs et a favorisé l’existence d’une main d’oeuvre bon marché payée par l’Etat. Le travail que l’on faisait au bureau, ça allait, on pouvait toujours apprendre quelque chose et on était
« au chaud », mais pour les ouvriers la situation était bien différente, car ils recevaient juste la formation suffisante pour éviter des accidents qui auraient pu causer des problèmes. Ce n’étaient pas de vraies formations, qui pourraient servir à évoluer professionnellement et qui aideraient les personnes à trouver leur voie professionnelle. Evidemment ceci a favorisé la démotivation de beaucoup d’ouvriers et a été très contreproductif. Au début on nous demandait quelles formations nous voudrions suivre, mais ensuite il n’y avait pas de propositions concrètes.

Nous étions censés chercher un emploi, pendant la période de travail à Archipel. Or, comment y parvenir si nous devions assurer 40 heures de travail hebdomadaires ? Parmi les aspects les plus négatifs, je souligne le traitement reçu :
désinformation et manque de respect.

Après Archipel : Avec d’autres collègues, j’ai été « racheté » par une structure qui avait fait partie du réseau OPE, où je réalise le même travail avec une réduction drastique de salaire, qui ne considère pas ma formation et qui détériore ma qualité de vie.

Perspectives : Trouver au plus vite un autre travail, si possible adapté à mon profil, avec un salaire conséquent.

Patricia (*)

Arrivée : Été 2012, j’étais en train de rédiger un projet personnel et j’ai trouvé le site internet d’Archipel a.s.b.l.. Il se définissait comme mouvement pour la culture qui avait pour mission de rendre la culture accessible à tous et de donner à chacun la possibilité de participer à la création artistique. J’ai pensé que c’était « quelque chose pour moi ». J’ai envoyé une candidature spontanée et quelques jours après un responsable m’a contactée pour prendre rendez-vous. Personne, ni à l’Adem ni à Archipel, ne m’a signalé que mon dossier comme demandeuse d’emploi resterait ouvert et que je devrais donc poursuivre ma recherche « active » d’emploi. En septembre, j’ai commencé à travailler avec un CDD. Bientôt j’ai compris que j’avais commis une erreur, mais, plutôt optimiste et confiante, je me suis dit que l’on peut toujours apprendre quelque chose. Début décembre, les sala-
rié-e-s ont reçu la nouvelle de la crise au sein d’OPE. Depuis lors, jusqu’à la fermeture d’Archipel, l’information a circulé irrégulièrement, nous avons appris l’évolution de la situation plutôt par la presse que par nos responsables. Pendant des mois l’on nous a fait croire que les CDD n’avaient vraiment rien à craindre. Entre-temps, des projets arrêtaient leur activité, des collègues CDI étaient licen-
cié-e-s ou démissionnaient? L’ambiance s’est beaucoup dégradée et nous avons vécu des moments très tendus.

Critiques : Le manque d’information initiale sur la situation du dossier des salarié-e-s en CDD. J’ai dû aller m’informer à l’Adem lorsque j’ai entendu, sans le comprendre, que nous pouvions quitter à tout moment ce travail, car nous étions censé-e-s chercher un emploi? Les conditions de travail trop dures de quelques projets et le manque de considération des formations et attentes de certain-e-s salarié-e-s. Conséquences : frustration et démotivation.

L’incohérence entre l’exigence de bien faire son travail de 40 heures hebdomadaires et l’obligation de rechercher un emploi. Pas de temps accordé d’office pour ceci. Pas assez de formation. Ou pas du tout, pour certain-e-s. Le traitement « infantilisant » voire autoritaire des responsables envers les salarié-e-s.

Hélène (*)

Arrivée : Janvier 2012, j’ai vu une annonce de l’a.s.b.l. Archipel qui proposait des emplois de comédien en CDI et plein temps, adressée à toute personne, même sans formation théâtrale. J’avais perdu mon travail. Cela m’a tout de suite intéressée, car il s’agissait d’un travail artistique et proposait un CDI à plein temps, ce qui est rare. J’ai tout de suite eu un entretien avec une des responsables d’Archipel et avec le coordinateur du Théâtre Forum, qui m’ont acceptée et m’ont informé qu’il fallait être inscrit à l’Adem. Je me suis donc inscrite comme demandeuse d’emploi et ensuite j’ai commencé à travailler. Or, contrairement à ce qui figurait sur l’annonce, j’ai eu un CDD et mon dossier comme demandeuse d’emploi est resté ouvert, ce dont je n’ai pas été informée dès le départ. Très tôt j’ai compris que l’approche du travail était trop superficielle. Le coordinateur nous a appris les lignes générales du Théâtre Forum, mais, en réalité, la seule formation vraiment professionnelle que nous avons reçue a duré 20 heures.

Le rapport entre Théâtre Forum et Archipel : Il n’a jamais été clair ou transparent. Encore moins avec OPE.

Lorsque la crise d’OPE s’est déclenchée, nous avons reçu peu d’information et au début (décembre 2012) l’on nous a dit que les CDD ne seraient pas touchés. Or, début 2013, le coordinateur a été licencié et l’équipe a été dispersée. La dernière représentation a eu lieu le 12 avril. Il n’y a pas eu d’adieux, ni de rencontre des membres du groupe.

Changements : J’ai ressenti deux choses : frustration et soulagement.

Frustration : J’ai mal vécu les changements, surtout au début, car j’aurais bien voulu continuer à faire du théâtre, poursuivre la formation dans ce domaine.

Soulagement : Les relations avec le coordinateur étaient devenues très tendues. Il ne possédait pas les compétences techniques nécessaires ni le savoir-faire pour diriger la troupe. Il n’avait pas d’expérience ni de formation dans le domaine théâtral, d’où les résultats médiocres du travail du groupe, qui n’a pas reçu non plus de formation suffisante. Je me sentais mal à l’aise, voire harcelée et humiliée.

Situation après la fermeture d’Archipel : Je crois que les deux sentiments les plus répandus sont : injustice et manque de respect. Nous avons subi des pressions et des menaces plus ou moins camouflées. Nous avons été (ou pas) replacés, nous n’avons pas été sûrs de toucher le salaire du mois de mai ni le chômage, nous avons « dû » signer une lettre de résiliation du contrat « d’un commun accord »?

J’ai découvert le théâtre et aimerais faire une véritable formation théâtrale. En ce moment je suis très fatiguée, après ces mois d’incertitude et d’inactivité.

Les vrais noms sont connus de la rédaction.


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