Paul Feig : Le fantôme du féminisme

Pourquoi vouloir refaire un succès comme « Ghostbusters » en premier lieu ? Et surtout, est-ce que le fait de réécrire l’histoire au féminin en vaut vraiment la peine ?

1385kino

En 2016, le féminisme ne devrait plus avoir besoin de ça…

Erin Gilbert est hantée par des fantômes. Au départ, pas par des phénomènes surnaturels, mais par un livre qu’elle a écrit ensemble avec Abby Yates, sa meilleure pote du lycée. L’ouvrage centré sur le paranormal – dont elle essaye de prouver l’existence par une approche scientifique – aurait normalement dû dormir tranquillement dans un recoin de la mémoire collective, sans jamais ressurgir. Surtout pas pour venir ternir les chances d’Erin d’être enfin acceptée comme professeure dans une « véritable » université de prestige. Malheureusement, c’est juste avant l’entretien décisif qu’elle se rend compte que le livre est en vente sur Amazon…
Elle recherche donc son ancienne amie, et faute de pouvoir la raisonner, elle se retrouve aussitôt embarquée sur une mission assez folle et rencontre – le titre oblige – son premier « vrai fantôme ». C’est la naissance d’une toute nouvelle équipée de chasseuses de fantômes (« Ghostbusters ») au féminin. Ensemble avec la geek Holtzmann et Patty, qui bosse dans le métro et est dotée d’une connaissance véritablement encyclopédique, les deux meilleures amies forment dès lors la nouvelle brigade des « Ghostbusters » et sont prêtes à se lancer dans l’aventure.
Or l’aventure qu’elles vivront n’est pas vraiment différente de celle endurée par leurs confrères masculins en 1984. Certes, cette fois ce n’est pas un démon babylonien qui en veut à New York et au reste de l’humanité, mais un petit geek capable de faire surgir plein de fantômes, pour déclencher en fin de compte – comme dans l’original – l’apocalypse finale avec le retour de tous les mauvais morts.
Depuis un bon moment, l’idée d’un troisième épisode avec le casting original a hanté les cerveaux des producteurs hollywoodiens. Mais ils se sont heurtés à deux résistances : la mort de l’acteur Harold Ramis et le refus obstiné de Bill Murray – le seul des quatre « originaux » à vraiment avoir fait carrière par la suite (si on excepte Dan Akroyd) – de continuer sans son ami décédé.
Finalement, ce fut donc l’idée d’un « reboot » qui l’emporta. Mais si le fait de remplacer les quatre héros masculins par des femmes (et en plus de leur faire embaucher un secrétaire ultra-chaud mais bête comme une limace) peut paraître louable, reste la question si ce film réussit vraiment à dépasser les clichés du genre.
La réponse est claire : non. Il ne suffit pas d’inverser les rôles pour atteindre une pseudo-égalité des genres. Certes, certaines performances sont remarquables : avant tout celle de Kate McKinnon en tant qu’ingénieure totalement à côté de la plaque qui arrive à placer quelques sketchs inattendus. Néanmoins, pendant toute la durée du film, le spectateur ne peut se défaire de l’impression de voir quatre femmes obligées de jouer quatre hommes.
À cela, même des « caméos » de Bill Murray et de Dan Akroyd ne changent pas grand-chose. D’autant plus que leurs courtes apparitions ne sont pas excessivement drôles. Ajoutez-y une animation CGI qui ne bat pas vraiment de nouveaux records et vous avez un film mou et médiocre qui passera difficilement l’été. Dommage, vu que l’idée en soi n’était pas mauvaise.

À l’Utopolis Belval et Kirchberg.

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