Peinture/installation : La mort lui va si bien


En 2017, l’hyperactive Anne Lindner sera à l’honneur de sept expositions au Luxembourg. « Every Living Creature Dies Alone – a Reconnection », vient d’ouvrir ses portes à la galerie Schlassgoart d’Esch-sur-Alzette. Une impressionnante installation qui met en scène ses obsessions.

(Photos : Mika Heinonen)

Il existe une obsession dans l’art d’Anne Lindner, une obsession morbide que l’artiste allemande confirme dans un éclat de rire. « Mon travail de fin d’études, à l’université de Leicester, portait sur les sept péchés capitaux. Et j’ai disposé sept cercueils au centre de mon installation pour cette exposition », note-t-elle. D’où la « Reconnection » du titre, qui fait le lien entre l’artiste débutante de 2007 et l’artiste affirmée qu’elle est devenue.

La mort est partout, oui, mais pas n’importe laquelle. Celle qui attend chacun d’entre nous, dans la solitude, selon Anne Lindner. Cette exposition l’a poussée à replonger dans ses démons… et ses fascinations. « Le monde m’obsède, j’aime observer les choses et les reproduire dans mes œuvres. » Ces choses, ce sont les libellules, que l’on retrouve sur plusieurs toiles réalisées à l’encaustique, une technique venue de l’Antiquité qui oblige l’artiste à peindre rapidement, avant que la matière ne se fige. « Quand j’ai découvert cette manière de composer une œuvre, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Travailler vite oblige à penser vite, à ne pas se louper. »

Dans la précision de ses libellules, aucune impression de précipitation, mais plutôt force détails de ces insectes magnifiques et terrifiants. « Certaines espèces sont carnivores, quand on y pense. Et elles viennent de la nuit des temps. Elles existaient à l’époque des dinosaures ! J’aime cette idée des racines du monde, de l’origine des choses. »

Racines que l’on retrouve dans les méduses qui accompagnent les libellules, ou encore dans cette « Matrix » qui montre une femme prendre forme au milieu d’une boule qui pourrait être la Terre, à moins que ce ne soit un fœtus. « Moi-même, je recherche mes racines. Je suis née en Allemagne mais n’y ai pas vécu. J’ai grandi au Luxembourg, étudié en Angleterre. On me dit allemande quand je me vois européenne. »

Et comme toute chose a une fin, après avoir regardé les tableaux accrochés aux murs, on plonge le regard dans ces sept cercueils disposés en arc de cercle au milieu de l’exposition. Ils laissent chacun deviner les parties de corps humains que l’on a vues plus tôt.

Car l’art d’Anne Lindner est nécessairement organique. L’envie de toucher les œuvres vous saisit comme une nécessité. La cire est pourtant trop fragile pour se plier à ce désir. On pense alors à H. R. Giger, le plasticien autrichien père de la créature « Alien », ce monstre si beau et si dangereux. Car les tableaux suintent de cette vie non maîtrisée, de ces membranes, de ces nerfs, de ces fluides qui composent les corps des insectes et des hommes.

« Je pense que c’est mon travail le plus abouti à ce jour », ose l’infatigable artiste, qui passe d’un projet à l’autre sans jamais s’arrêter. On a envie de la croire, tant l’ensemble est homogène, logique et fascinant. Chaque créature meurt peut-être seule. Mais la mort n’a rien de définitif dans ces œuvres tellement vivantes.

Jusqu’au 3 juin.

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