Peinture / sculpture
 : Art totem


C’est à la croisée des cultures du melting pot américain que Brad Kahlhamer a choisi de monter son tipi. Son exposition « Fort Gotham Girls + Boys Club » nous fait découvrir un artiste versatile, mais aussi un peu trop porté sur le hasard.

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Un mix ethnique et pop qui ne convainc pas complètement.

Brad Kahlhamer est – du moins c’est sa biographie qui le dit – un véritable touche-à-tout. À la fois directeur artistique d’une marque de chewing-gum (« Topps », dont le logo est récurrent dans ses tableaux), musicien, peintre, artiste plasticien et essayiste – on a des difficultés à le placer à un endroit concret. Cette effervescence identitaire trouve aussi son explication dans les origines de l’artiste qui, malgré son nom américain, voire germanique, est aussi descendant des « Native Americans ». Et ce n’est donc pas un hasard si l’art des premiers Américains trouve toujours son écho dans les créations de Brad Kahlhamer.

Né en 1956 à Tucson, Arizona, vivant et travaillant maintenant à New York, Kahlhamer pratique un art qui serait une sorte de synthèse du rêve et du cauchemar américains. Ainsi, dans les tableaux de « Fort Gotham Girls + Boys Club », on trouve des références explicites à la culture du skate, mais aussi au street art qui a fleuri dans les rues de sa ville d’adoption depuis des décennies. Le tout est souvent juxtaposé à des évocations d’« American Natives » – que ce soit le corps d’une femme « indienne » nue, mais portant des lunettes, ou des têtes de chefs de tribu qui apparaissent çà et là sur la toile. Ajoutez-y des couleurs éclatantes empruntées aux peintres expressionnistes ainsi que quelques gribouillis cryptiques et vous avez un authentique Kahlhamer. Ça ne veut pas dire que les œuvres soient forcément mauvaises, mais un certain manque de cohérence dans le message se fait ressentir. C’est un peu comme si les tableaux de Kahlhamer parlaient plusieurs langues à la fois, pour à la fin ne rien dire d’intelligible. Donc le reproche qu’on faisait souvent à la mouvance postmoderne – celui du « anything goes » – vaut ici en partie aussi. Pourtant, vu que l’artiste n’a certainement pas voulu peindre au hasard, on peut aussi voir dans ses tableaux un reflet de ses identités en mouvement – une sorte de réflexion surréaliste de ses états d’âme si on veut.

Quant aux sculptures exposées, elles font plus directement référence à la culture des « Native Americans », inspirées par les poupées « Katsina » de la tribu des Hopis – qui les appellent aussi « amis ». Ce sont des figurines qui représentent aussi bien les esprits des ancêtres que les forces de la nature, et qui accompagnent les humains à travers leurs épreuves par leur simple présence à leurs côtés. Kahlhamer a tenté de perpétuer la tradition des Katsina en les introduisant dans son monde. On trouve alors, à côté d’artéfacts comme des « dreamcatchers », des plumes de pigeons new-yorkais et d’autres objets collectés dans la rue par l’artiste, comme du ruban, du bois ou encore du métal.

En tout, « Fort Gotham Girls + Boys Club » est une exposition d’un artiste établi qui a développé son propre langage artistique, ce qui est bien. Pourtant, on a un peu l’impression que toute sa création est sujette à une certaine immuabilité – pour faire plaisir aux galeristes et aux acheteurs ou pour une autre raison, nul ne sait. En tout cas, il manque un peu de sel, d’inventivité ou d’interactivité avec le public pour faire de cette exposition vraiment une grande découverte.

À la galerie Zidoun-Bossuyt 
jusqu’au 25 juillet.

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