Peinture/sculpture
 : Danny le Rouge


Avec « Blood Spots on Apple Flesh », la galerie Zidoun & Bossuyt présente la première exposition personnelle de Danny Fox – l’enfant terrible cornouaillais qui a trouvé sa plénitude à Los Angeles.

Danny Fox appartient résolument à cette catégorie d’artistes dont il faut connaître le contexte pour mieux les apprécier. Sans l’histoire de sa vie décousue – à 15 ans, l’ado Fox apprend que celui qu’il prenait pour son père n’était en fait que son beau-père, le vrai étant parti au Zimbabwe –, sans connaître sa pratique d’art autodidacte, on aurait du mal à voir en quoi ses peintures sont extraordinaires.

L’image de rebelle, Fox la cultive, comme dans cette interview avec le magazine pour hommes « GQ » de novembre 2016, où il déclare que « les galeries d’art huppées ne savent pas quoi faire de [lui] », alors qu’il a pourtant déjà exposé chez Sotheby’s à New York. Cette coquetterie devient pourtant plus crédible quand on prend en compte la thématique de la plupart de ses tableaux : la vie dans Skid Row à Los Angeles.

Outre le nom d’un groupe de glam metal – heureusement presque oublié de nos jours –, c’est aussi un des quartiers les plus malfamés de la mégalopole californienne. Connu du grand public par les récits de Bukowski et autres poètes maudits, il rassemble aujourd’hui une très importante population de sans-abri. Le terrain idéal donc pour une tête brûlée comme Fox.

Et déjà, les titres de ses peintures témoignent de la vie dure dans Skid Row, comme le diptyque « The Prodigal Son Sucks Dick for Crack » et « The Prodigal Son Sells Crystal on the Corner ». La facture naïve et brute des tableaux de Fox recèle un amour du détail obsédant : des têtes et des expressions faciales récurrentes qui deviennent en quelque sorte le langage artistique du peintre, des établissements (comme un hôtel en arrière-plan) bien réels et malfamés et une certaine inclination à l’iconographie à l’américaine traduisent toute sa rage de peindre.

Une personnalité récurrente dans une autre série de tableaux – qui selon le texte d’accompagnement serait considérée par Fox comme la « plus aboutie » – n’est autre que l’explorateur britannique David Livingstone. Est-ce un portrait du père absent, parti se cacher quelque part en Afrique, le continent « découvert » par Livingstone ? En tout cas, Sigmund Freud aurait eu un plaisir énorme à décrypter les tableaux de Danny Fox.

L’exposition est complétée par une série de sculptures de têtes qui pourraient être celle d’immigrés, ouvriers ou autres personnages curieux rencontrés dans les rues de Skid Row – une sorte de matérialisation de ce que Fox met en scène sur ses toiles.

En somme, « Blood Spots on Apple Flesh » est la découverte rafraîchissante d’un peintre dont l’émotion transpire par son art, même si le style un peu naïf peut paraître rébarbatif au premier coup d’œil.

À la galerie Zidoun & Bossuyt 
jusqu’au 25 mai.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.