Peintures
 : Clüsserath dans son jardin

L’abbaye de Neumünster accueille dans son cloître l’artiste allemand August Clüsserath, dont l’œuvre avait déjà eu l’honneur des galeries du grand-duché. Cette fois, une exposition monographique permet de mieux comprendre l’évolution d’un des artistes phares de la Sarre.

August Clüsserath n’est pas inconnu des Luxembourgeois. Déjà aperçues en 2014, ses œuvres trouvent dans le cadre de l’abbaye de Neumünster une vitrine parfaite. Car ceux qui ont déjà eu l’occasion de s’attarder sur les grandes toiles colorées de l’artiste disparu en 1966 peuvent cette fois mieux le comprendre, en parcourant le cloître de l’abbaye.

L’histoire d’August Clüsserath est intimement liée à celle de l’Allemagne de la première moitié du vingtième siècle. Trop jeune pour combattre pendant la Première Guerre mondiale, il échappe à la seconde en devenant ouvrier à Berlin. Entre les deux, il a tout juste le temps d’étudier l’architecture et l’art.

Dans un pays ruiné par la guerre, Clüsserath naît à l’art naïvement, dans les années 1920. Il s’essaie alors à de très classiques peintures de paysages, de natures mortes, ou même à l’autoportrait. Autant ces tentatives peinent à surprendre, autant elles portent le germe de sa maturité, qui doit attendre la capitulation de son pays, en 1945.

Après la guerre, de retour sur ses terres de la Sarre, il s’ouvre au monde. Dès 1949, dans une Allemagne en ruine, il fait littéralement sécession, avec le groupe Neue Secession. La marge, la frontière sont ses terrains d’expression favoris et il se refuse à toute mode, et même à la reconnaissance. On retrouve pourtant l’inspiration d’un Picasso ou d’un Matisse dans cette nouvelle période. Les couleurs sont chatoyantes, même si le noir n’est jamais très loin. À ses personnages colorés répondent des compositions abstraites, des collages. L’heure est à l’expérimentation.

La part d’ombre, les souvenirs blessés surgissent au hasard de ces étranges toiles. L’art reste avant tout une revendication politique et une façon de tourner la page du nazisme. En 1957, avec d’autres artistes de la Sarre, il crée le Neue Gruppe Saar, collectif qui s’inspire du Bauhaus, le mouvement artistique qui avait surgi après la Première Guerre mondiale.

La démarche constructiviste et révolutionnaire du Neue Gruppe Saar se retrouve dans les œuvres tardives d’August Clüsserath, qui a droit avec ses coreligionnaires à une exposition dès 1958 au Musée de la Sarre. La lumière, enfin, alors qu’il est au crépuscule de sa vie. De lumière, ses dernières œuvres en sont presque privées. Après des années à explorer formes et teintes, il choisit le noir comme couleur primaire.

L’abstraction de l’époque se lit dans ses dernières œuvres, sombres et torturées, cubistes et troublantes. À ses noirs puissants répondent des lignes fines, quand on ne s’approche pas de monochromes intenses, avec une toile presque entièrement recouverte de sombre. Pierre Soulages n’est alors pas très éloigné.

Grâce au travail monographique de l’abbaye de Neumünster, la richesse de l’œuvre d’August Clüsserath trouve un écrin où elle peut enfin être appréhendée. Une exposition à ne pas manquer pour ce porte-drapeau de l’art de la Sarre, mais aussi ce symbole d’une certaine Allemagne.

À l’abbaye de Neumünster, 
jusqu’au 1er octobre
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