Peintures : Devant la loi

« The Crushing Force of the Unappeasable Law », la deuxième exposition personnelle du peintre David Russon à la galerie Nosbaum & Reding, est d’une noirceur contemporaine qui interpelle.

Qu’elles soient kafkaïennes ou simplement liées à la gravité, transgressées ou respectées, notre univers comme nos sociétés sont régis par des lois. Parfois des garde-fous nécessaires, parfois fondamentalement injustes ; toujours est-il qu’elles reflètent aussi la relation qu’entretient la société avec les individus qui la composent. Et ce sont ces reflets qui se retrouvent sur les toiles de David Russon.

Tenues dans des couleurs sombres – souvent même carrément en noir et blanc -, celles-ci se distinguent par un hyperréalisme qui confirme la maîtrise technique du peintre. On pense par exemple aux séries que Gerhard Richter a consacrées aux commandos de la RAF. Mais ici, point de terroristes humanisés, mais des individus qui se trouvent sous l’emprise d’une loi. Dans la première salle, il y a surtout le médaillon morbide d’une petite fille endormie qui interpelle le regard. Ce portrait, qui rappelle les premiers pas de la photographie, quand on ne tirait le portrait que des personnes décédées pour des raisons d’éclairage, suggère – aussi par son titre « Where Will it End » – un memento mori ou une douce supplication contre la loi intransigeante.

Un autre motif est plus politique : « Ragpicker in a Sea of Toxic Fumes » montre des silhouettes se déplaçant sur des tonnes de détritus, essayant de trouver des objets valables afin d’assurer leur survie. Le fait que des millions de personnes sont réduites à fouiller les poubelles de ceux qui sont rassasiés est devenu d’une banalité aussi étonnante que déplorable. En sublimant celles et ceux qui sont écrasés par la loi du plus fort – économiquement parlant -, Russon ne fait pas uniquement vibrer une corde sociale-romantique, mais il les éternise comme témoins d’une époque de plus en plus brutale.

Mais ce ne sont pas uniquement les réalités économiques qui font souffrir. Il y a plus banal, comme le passage difficile à l’âge adulte et l’acceptation de certaines lois qui régissent la vie de ceux qui ne sont plus des enfants. Cela semble être au cœur du tableau « Suicide Girls », où l’on voit deux filles se balancer sur un muret entouré de fils barbelés. Ici, c’est surtout le mouvement des deux figures – elles avancent de côté en direction du spectateur – qui interpelle et qui donne presque envie de s’interposer.

Mais David Russon sait aussi transformer des faits divers en tableaux poignants. Comme le montre « Valentine’s Day (The Lonesome Death of Reeva Steenkamp) » – un portrait de l’ex-mannequin sud-africaine assassinée le 14 février 2013 par son petit ami, le sportif Oscar Pistorius, qui avait défrayé la chronique en participant aux Jeux olympiques malgré son handicap.

Les œuvres de Russon sont des instantanés qui exhalent des vérités et des constats universels. Outre la sublimation du réel – qu’il soit vécu ou vu à la télé importe peu -, le peintre confronte le public à ses propres émotions en le mettant en porte-à-faux, entre lui-même et le sujet peint. Il le contraint en quelque sorte à une réaction. Un procédé fort et qui marche sans artifices.

Jusqu’au 4 mars à la galerie 
Nosbaum & Reding.

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