Peintures
 : Sympathique bestiaire


La galerie « Beim Engel » expose les peintures de la jeune artiste Aurélie de Heinzelin, lauréate de la bourse Francis André. « J’aime les souvenirs de cette époque nue » montre un univers à la fois surréaliste, expressionniste et très lourd.

On ne sait pas quels peintres sont invoqués par Aurélie de Heinzelin quand elle cherche son inspiration, mais gageons qu’on peut y trouver au moins Francis Bacon, Otto Dix, Paul Delvaux et Giorgio De Chirico. Par les couleurs sombres utilisées, les personnages oniriques mis en scène et les compositions d’une facture tout à fait classique, elle ancre son art directement dans le 20e siècle. Presque aucune note de contemporanéité ne vient distraire des grandes et moins grandes compositions qui peuplent les murs de la galerie « Beim Engel ».

Cette replongée dans la modernité, dans ses phases les plus osées, révoltées et innovantes est-elle la raison pour laquelle Aurélie de Heinzelin a reçu cette bourse et l’invitation à une résidence d’artiste de deux mois aux Annexes du château de Bourglinster ? Cela restera sans doute le secret du jury qui lui a décerné ces faveurs. Toujours est-il que l’atmosphère dégagée par les peintures d’Aurélie de Heinzelin est particulièrement lourde et interpellante. Dans presque tous les cas, les personnages présents dans ses compositions regardent directement dans les yeux du spectateur, comme s’ils voulaient l’attirer dans leur monde fou et sombre.

Le mélange de figures réalistes et d’êtres mythologiques qui se côtoient dans les toiles est aussi une sorte de langage artistique que la créatrice s’est inventé. À côté des motifs récurrents – comme ces couples assis l’un sur l’autre dans un canapé regardant droit vers le spectateur – s’invitent aussi des créatures littéraires comme dans « Maison close (Célie, Clémentine, Aurélie et Pantagruel) » ou « Musée (Célie, Clémentine, Rob, Aurélie et Gargantua) ». L’artiste mêle donc sa vie privée – elle-même et ses amis – à ses compositions induites de mythologie et de rêves qui rappellent fortement le surréalisme.

Un autre motif récurrent dans l’œuvre d’Aurélie de Heinzelin est la sexualité. Débridée mais jamais violente, elle indique des rapports de forces entre les partenaires – qui entretiennent des relations plus basées sur le plaisir sexuel que sur les émotions qui les lient. Les sexes bien exposés et parfois monstrueux (comme dans « Dominique sur le dos d’un cheval ») semblent vouloir la relier à des traditions de représentations sexuelles qui ont eu cours pendant l’Antiquité. On se rappelle les fresques fantasques de pénis géants retrouvées dans les lupanars de Pompéi par exemple.

D’autres tableaux rappellent aussi une certaine sexualité monstrueuse sortie du Moyen Âge – la référence à François Rabelais étant tout sauf gratuite -, comme « Deux nus (avec flamme) » qui montre une femme énorme pétant du feu sur un homme (très petit) à terre. Le plaisir grotesque que la figure féminine porte sur son visage contraste lourdement avec le flegme de l’homme qui ne semble ni surpris ni dégoûté par cette posture – somme toute – pas très confortable.

Le bestiaire d’Aurélie de Heinzelin est complété par des œuvres en noir et blanc. Est-ce parce que la couleur joue un rôle si important dans ses autres tableaux que ces derniers apparaissent un peu pâles, à la limite de la caricature ? C’est sûrement subjectif. Toujours est-il qu’un des tableaux de cette catégorie contient bien la seule référence à la contemporanéité dans toute l’exposition : son titre, « Non Contemporary », qui se trouve aussi écrit sur le sabre d’un personnage avançant vers le spectateur, tenant deux pinceaux dans l’autre main. Si c’est un statement de l’artiste, on aura tout compris…

Malgré leur lourdeur, les toiles d’Aurélie de Heinzelin valent le détour par la galerie « Beim Engel » – ne serait-ce que pour se distraire un peu de toute la Noël-mania ambiante qui pullule dans la capitale.

À la galerie « Beim Engel » jusqu’au 23 décembre.

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