Peintures tridimensionnelles
 : Une pensée holographique


Faites d’assemblages et de couleurs simples, les peintures tridimensionnelles d’Igor Ganikowskij à galerie Simoncini cachent, sous leur apparence élémentaire, tout un monde de complexité.

« Music », sur une partition de la compositrice russe Sofia Goubaïdoulina. (Photo : woxx)

Des tableaux aux fonds monochromes agrémentés d’objets aux formes géométriques basiques également monochromes, des découpages aux formes simples sans aplats de couleurs multiples aux motifs tarabiscotés… l’entrée dans l’univers d’Igor Ganikowskij à la galerie Simoncini, dont il est un habitué depuis 2004, semble au premier abord se faire sous le signe de la sobriété. C’est que l’artiste, né en 1950 à Moscou, s’est créé tout un langage géométrique spirituel qui ne se déploie qu’à l’aide de certaines clefs, un peu comme avec les représentations kabbalistiques. Chez lui, un système rigoureux de couleurs, de contours géométriques, de mise en espace et de mise en lumière vient appuyer la réflexion artistique.

D’ailleurs, sa vision des choses a peut-être été influencée par son passage par les mathématiques, qu’il a étudiées et enseignées dans un premier temps avant de se découvrir une vocation artistique. Dans l’article « Holographic Thought » disponible à la galerie en complément de l’exposition et qu’il est vraiment conseillé de lire pour mieux apprécier celle-ci, il disserte quasi scientifiquement sur ce qu’il appelle la multidimensionnalité de la vérité. Ainsi, la plupart de ses peintures tridimensionnelles peuvent être abordées sous deux angles bien distincts, qui révèlent deux réalités différentes : une de ses techniques préférées consiste à faire jaillir d’un tableau plat une forme en relief, souvent une sorte de livre dont la page de garde et la quatrième de couverture sont ornées de deux symboles différents, qui offrent une perspective contrastée selon que l’on est placé d’un côté ou de l’autre. Mais, et c’est là que la pensée de Ganikowskij prend tout son sens tout en restant aisément compréhensible, il suffit de se décaler un peu pour embrasser l’œuvre dans son intégralité. Ce mouvement change notre vision des choses, alors que celles-ci demeurent concrètement les mêmes.

L’artiste entend démontrer de cette façon que la réalité est multiple et dépend du point de vue adopté sur les objets… et donc, par extrapolation, aussi sur les idées. C’est par conséquent à un effort de changement de notre perception qu’il invite, au risque quelquefois de paraître plaider pour un certain relativisme culturel qui refuse l’engagement. Car si tout est question de point de vue, au-delà du doute raisonnable qu’il convient de pratiquer, comment se former une opinion ?

Mais l’intérêt de la démarche est réel, puisqu’au lieu d’utiliser des méthodes hypermodernes de modélisation pour faire ressortir la complexité du monde qui nous entoure, Ganikowskij préfère adopter des techniques que même les plus jeunes pourraient maîtriser, prouvant ainsi que la modernité technologique n’est pas la condition sine qua non pour conceptualiser ce monde qui va si vite qu’il en devient difficile à suivre. Un peu comme ces enfants qui empilent des cubes ou rangent des formes découvrent les trois dimensions de leur environnement, l’artiste s’empare du vecteur de la simplicité bricolée pour favoriser la conceptualisation. Eh oui, quelquefois, retomber en enfance peut être une bonne chose.

Galerie Simoncini, jusqu’au 17 mars.

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