Philippe Lioret
 : Par petites touches


Sans grandiloquence, dans les magnifiques paysages de la nature canadienne comme au cœur de Montréal, Philippe Lioret filme « Le fils de Jean » au plus près, privilégiant l’émotion transmise par ses acteurs. Un long métrage modeste et délicat, comme le clapotis des vagues d’un lac isolé des Laurentides.

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Un secret de famille enfoui depuis des décennies ressurgit de l’autre côté de l’Atlantique.

Est-ce parce qu’il a commencé sa carrière comme ingénieur du son avant de passer au métier plus exposé de la mise en scène que Philippe Lioret cultive un certain intimisme, tant dans sa manière de réaliser que dans le choix de ses intrigues ? Si dans « Welcome » il abordait un thème éminemment politique, celui des réfugiés qui souhaitent rejoindre l’Angleterre, il le faisait en évoquant avant tout la relation entre un maître nageur et son élève. « Je vais bien, ne t’en fais pas » était aussi construit sur l’opposition entre les chagrins de Mélanie Laurent et de Kad Merad après une disparition.

Dans « Le fils de Jean », Lioret creuse ainsi une nouvelle fois le sillon d’un cinéma familial que les émotions maîtrisées dominent. Mathieu, jeune trentenaire, apprend enfin qui était son père, un certain Jean Edel. Il décide d’aller à son enterrement au Québec, afin de rencontrer ses deux frères dont il ne soupçonnait pas l’existence. C’est un voyage initiatique pour le Français : choc culturel d’une Belle Province francophone mais profondément américaine, découverte d’une famille dissimulée jusque-là sous une chape de silence, sans compter d’autres surprises durant sa courte escapade. Il est guidé dans cette aventure par Pierre, ami de longue date de Jean, qui était présent lors du congrès médical à Paris où la mère de Mathieu a succombé au charme de son père.

Le réalisateur, lui, plutôt que de succomber au charme certes prononcé des paysages québécois, s’attache d’abord aux visages, souvent en gros plan. Le film est rythmé par les dialogues, tournés avec une véritable science de la mise en scène qui évite la monotonie du champ-contrechamp. Sans ostentation, Philippe Lioret construit donc patiemment son récit, servi par une intrigue inspirée librement d’un livre de Jean-Paul Dubois, « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi ». Et la minutie avec laquelle il conte son histoire est payante : « Le fils de Jean » est une chronique qui avance en permanence de façon subtile, sans rebondissements brutaux qui pourraient agacer dans cet ensemble discret. Les effets de miroir entre les deux côtés de l’Atlantique – la fille de Pierre élève seule ses jumelles qui ne connaissent pas leur père – donnent de plus un certain sentiment de continuité de l’histoire familiale, qui apporte une assise solide.

La petite mécanique précise de la mise en scène n’éclipse cependant pas les performances des acteurs. Pierre Deladonchamps, qui incarne Mathieu, forme avec le comédien québécois Gabriel Arcand, qui joue Pierre, un duo équilibré où la curiosité de l’un, servie par trente années d’ignorance, pique la volonté de discrétion de l’autre. Si le rôle des deux frères que Mathieu voulait rencontrer se révèle finalement secondaire, c’est pour mieux introduire, toujours par petites touches, une complicité grandissante entre la femme de Pierre (Marie-Thérèse Fortin), sa fille (Catherine de Léan) et Mathieu. Les deux actrices créent chacune une alchimie différente avec le comédien principal, pudique pour l’une et physique pour l’autre, et servent à merveille le parti pris de narration du cinéaste.

Film subtil par excellence, « Le fils de Jean » témoigne d’un véritable artisanat d’art de la mise en scène. Certains pourront lui reprocher un manque d’ambition ou un souffle un peu timide pour une histoire de secret familial enfoui depuis des décennies. Mais c’est justement là la manière de Philippe Lioret, qui avance avec discrétion et efficacité dans le paysage actuel du cinéma français. Avec ce nouvel opus, il nous livre un bouquet de pellicule où pas un pétale ne dépasse, mais dont le parfum reste capiteux.

À l’Utopia. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XXX


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