Photographie : Clergue à sa place


De Lucien Clergue, les amateurs de photographie savent qu’il est à l’origine des Rencontres internationales d’Arles. L’homme y a consacré tellement de temps et d’énergie que son œuvre de photographe est parfois restée dans l’ombre. Le Cercle Cité propose de redécouvrir son immense talent.

Il aura été l’intime des plus grands, de Henri Cartier-Bresson à Willy Ronis, en passant par Raymond Depardon et Robert Doisneau. Lucien Clergue aimait tellement la photographie qu’il peut être considéré, avec son ami Jean-Marie Rouquette et l’écrivain Michel Tournier, comme celui qui l’a démocratisée auprès du public.

Les Rencontres internationales de la photographie d’Arles sont aujourd’hui le plus grand-rendez-vous du huitième art, un incontournable qu’il aura construit année après année. Mais il n’aura jamais lâché pour autant son appareil et, pendant toute sa vie, aura parcouru les routes pour immortaliser de son noir et blanc profond sa vision du monde.

Le Cercle Cité rend honneur à ce photographe à la modestie sans bornes qui a toujours essayé de mettre en lumière ses contemporains, alors que par bien des aspects, il peut être considéré comme un de leurs égaux.

Dans l’exposition « Lucien Clergue, poète photographe », 90 photographies permettent de mieux appréhender son œuvre et notamment ses thèmes favoris : cette Camargue qu’il connaissait si bien et qu’il aimait par-dessus tout, et ceux qui la peuplaient, gitans magnifiques, femmes sublimes, nature protubérante.

Car Lucien Clergue était un amoureux du genre humain. Quand d’autres immortalisent le désespoir, il sublimait la beauté. D’abord celle des femmes, qui l’ont accompagné toute sa vie et dont il disait qu’à chaque fois qu’il en photographiait une, il avait l’impression de faire reculer la frontière de la mort. Ou encore qu’elles étaient une réponse rassurante à l’angoisse du monde.

Qu’il se retrouve ainsi exposé aujourd’hui à Luxembourg est un joli clin d’œil de l’histoire, puisque c’est le Luxembourgeois Edward Steichen qui lança sa carrière, en 1961, en lui ouvrant les portes du Museum of Modern Art de New York. Dans ses photographies, il passe d’étranges clichés naturalistes à de superbes portraits de ses contemporains. Picasso, Cocteau, Tournier ont ainsi été immortalisés devant son objectif. Mais ce sont les inconnus, les cabossés de la vie, les incompris qui brillaient le plus souvent dans ses images.

Il avait fait de son environnement proche un studio à ciel ouvert et se promenait en Camargue pour immortaliser corridas, gitanes des Saintes-Maries-de-la-Mer, ou encore les rizières lumineuses. Il rentrait ensuite à Arles pour faire connaître le travail des autres, modeste et généreux.

C’est une rétrospective au Grand Palais, à Paris, en 2015, qui a replacé Lucien Clergue sur l’échiquier des photographes. Car sa famille, après sa disparition en 2014, a œuvré pour lui offrir l’écrin qu’il méritait. Sa veuve, Yolande, et leurs deux filles, Anne et Olivia, travaillent aujourd’hui à lui redonner la place qu’il avait volontairement laissée aux autres de son vivant.

L’exposition proposée par le Cercle Cité donne à voir une sélection de photographies exposées au Grand Palais, enrichie de quelques tirages grand format. Autant dire qu’un tel événement artistique est trop rare dans la Grande Région pour se permettre de le laisser passer. Avant, peut-être, de se rendre à Arles, l’été prochain, pour rendre un autre hommage à ce bienfaiteur des arts.

Au Cercle Cité, jusqu’au 14 janvier 2018.
D’autres clichés de Lucien Clergue sont visibles à la galerie Clairefontaine jusqu’au 23 décembre.

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