Pol Cruchten
 : Mais tu vas conclure, oui !


« Justice Dot Net », le dernier-né du réalisateur luxembourgeois Pol Cruchten, est encore un de ces films dont on sort frustré : bonnes idées, belles images, mais un scénario tellement lâche qu’on dirait qu’il a peur de lui-même.

Un huis clos qui ne va pas se conclure sur grand-chose.

Ça démarre bien pourtant : caché dans un immeuble abandonné du Grund, le hacker Jake De Long réussit de justesse à échapper aux griffes de nos forces spéciales pourtant musclées, au prix d’une course poursuite spectaculaire dans les petites rues de notre charmante et touristique capitale. Muni de faux papiers, il se rend au Canada non pas pour disparaître des radars, mais – première faiblesse du scénario – pour mettre en œuvre un plan diabolique, le plan de sa vie.

Avec ses coconspirateur-trice-s (une activiste française, un hacker indien et un Amérindien) il kidnappe quatre personnalités très importantes : la ministre de l’Environnement canadienne, un tycoon du pétrole et constructeur de pipelines, un businessman à la tête d’une multinationale de l’eau et une mystérieuse femme d’affaires chinoise. Enfermé-e-s dans la « panic room » de la ministre, les quatre méchant-e-s capitalistes seront séquestré-e-s jusqu’à ce qu’ils/elles admettent leurs fautes devant le monde entier – qui est invité à les juger via une vidéo en direct.

Si l’idée semble à la fois dans l’air du temps – les guerres de l’eau et du pétrole faisant rage à travers le monde grâce à des firmes comme Nestlé ou des projets de pipelines fraîchement autorisés par la fausse coqueluche Justin Trudeau –, c’est son exécution qui fait plonger le film.

D’abord, l’épisode luxembourgeois ne revêt aucun sens, outre celui de justifier de profiter de la manne des subventions du Film Fund Luxembourg. Dommage, vu que le grand-duché n’a lui non plus pas les mains propres dans ses rapports avec les grandes multinationales. Mais « nation branding » oblige, on n’en parlera pas une seconde. C’est que Jake De Long a en fait la fibre verte et que, malgré son génie diabolique manifeste, il n’a qu’une chose en tête : venger son père. Ce dernier a perdu sa ferme et son envie de vivre suite à ses démêlés justement avec les multinationales.

C’est pourquoi son fiston hyperdoué choisit la carrière de cyberactiviste recherché par tous les services secrets et milices privées de la planète. Ces dernières entrent aussi en jeu pendant la prise d’otages, mais juste pour ajouter encore une couche à un scénario définitivement dépourvu de toute consistance – surtout à la fin du film, où on se pose vraiment la question : « Et tout ça pour ça ? »

Sinon, « Justice Dot Net » profite d’une mise en scène technique bien léchée, conforme aux standards de l’industrie. Certes, la production ne bénéficie pas de têtes d’affiche ultraconnues : le Nord-Irlandais Martin McCann, connu pour des films d’action, campe un écoterroriste assez psychopathique, tandis que la Canadienne Pascale Bussières est crédible en politicienne corrompue jusqu’à la moelle, sans oublier notre Désirée Nosbusch nationale en policière aguerrie. Ce ne sont pourtant pas les comédien-ne-s qui coulent l’œuvre, mais bel et bien le scénario qui ne mène nulle part.

Dommage en somme, car après quelques belles productions qui ont montré que le film luxembourgeois était enfin entré dans l’âge de la maturité, « Justice Dot Net » donne l’impression d’un retour en arrière et démontre une fois de plus que tout n’est pas une histoire de subventions, mais aussi de talent.

Au Kinepolis Kirchberg. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : X


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