Politique culturelle : enfin réunis !

Ça faisait une éternité qu’on en parlait, voilà enfin un début d’initiative : avec le site kulturama.lu, les mondes de l’éducation et de l’artistique vont avoir un cadre dans lequel ils pourront travailler ensemble.

Faire de l’art à l’école une priorité est une vieille rengaine. Avant la coalition bleu-rouge-vert, l’ancienne ministre de la Culture du CSV Octavie Modert s’y était déjà collée avec l’alors ministre de l’Éducation Mady Delvaux, et le résultat à l’époque ressemblait plutôt à un copier-coller de toutes les initiatives déjà présentes sur le terrain qu’à une vraie coordination.

Avec le service Script du ministère de l’Éducation renforcé en personnel, cette démarche est désormais faite et le cadre est fixé. Certes, le site de kulturama.lu n’est pas vraiment une prouesse du web design, mais l’essentiel y est. Les artistes intéressé-e-s peuvent y trouver un formulaire de candidature avec un petit questionnaire, qui leur permettra de rejoindre le pool d’artistes que les deux ministères veulent mettre en place. Mais attention : pour être pris en considération, il faut aussi signer une déclaration d’accord. Dans celle-ci, les artistes doivent souscrire au tarif horaire (90 €/heure hors TVA) et aussi à l’obligation de suivre une formation de quatre heures mise en place par le Script. Petit détail : seules les heures que l’artiste passe devant la classe comptent, pas les préparatifs ou les débriefings, et pas question non plus de se faire rembourser les frais de déplacement.

Même si le tarif horaire a été obtenu de haute lutte par les associations d’artistes, cela reste pourtant loin d’une vraie reconnaissance. D’autant plus qu’une autre difficulté existe. Vu que la plupart des artistes sont soit intermittents, soit dans le régime du statut d’artiste (que le gouvernement a rebaptisé aides sociales), ces activités risquent de se heurter aux conditions d’obtention de leurs aides. Un manque de clarté qui révèle les difficultés des autorités à cerner une vraie politique culturelle intégrée dans la vie publique, au-delà des orgies de champagne aux vernissages.

Selon nos informations, les artistes qui participeront à des activités rémunérées dans le cadre de kulturama.lu devront choisir et ne pourront par exemple pas profiter de leurs autres aides ou de leurs activités artistiques payées le même jour. Ils devront aussi s’organiser de façon à ce que les heures passées devant des salles de classe ne dépassent pas un certain seuil, sinon le ministère pourrait leur sucrer leur statut. Bref, encore un casse-tête bureaucratique pour les artistes indépendants qui passent de toute façon beaucoup de temps à travailler la paperasse au lieu d’être créatifs.

Se pose aussi la question de la finalité de cette entreprise : certes, rapprocher les mondes de la culture et de l’éducation est très louable, mais pourrait aussi servir de feuille de vigne à celles et ceux qui veulent encore moins d’éducation artistique dans les cursus scolaires. Avec un ministère de la Culture qui en a fait voir des vertes et des pas mûres les cinq dernières années à la scène culturelle, mieux vaut garder les yeux grands ouverts.


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