Politique culturelle : #Piggate

Confier la politique culturelle à un avocat d’affaires qui appartient à l’élite financière du pays est la preuve que ce gouvernement – et surtout le DP – n’a rien compris aux urgences et aux problèmes du monde culturel.

© Sven Becker / Montage Serge Ecker

© Sven Becker / Montage Serge Ecker

Ce mercredi vers 13 heures, à un jet de pierre du ministère d’État où la presse commençait déjà à se rassembler pour entendre qui allait prendre quelle place, le garage du ministère de la Culture s’ouvrit en laissant passer une grosse Audi noire. Maggy Nagel quittait son ministère – pour de bon cette fois. Il fallait être sourd pour ne pas entendre depuis des mois les rumeurs autour de cette démission annoncée et des successeurs présumés. Il y avait dans le pot bien sûr Lex Delles, qui a fini par refuser, Gilles Baum, qui est apparemment tombé en disgrâce dans son propre parti et d’autres comme Franz Fayot – ce qui aurait supposé un remaniement plus fondamental du gouvernement.

En se nommant lui-même à la Culture, Xavier Bettel n’a pas rehaussé la valeur du secteur, mais l’a diminuée.

Mais la coalition a décidément opté pour la solution de facilité. En se nommant lui-même à la Culture, Xavier Bettel n’a pas rehaussé la valeur du secteur, mais l’a diminuée. Elle devient un portefeuille parmi les autres qu’il gère, une partie intégrante du « nation branding », de la vente de l’image du Luxembourg à l’étranger. Cette étrange obsession gouvernementale de vouloir nier en permanence l’existence d’une place financière en partie malhonnête va donc déterminer le programme culturel à l’avenir. Car, ne nous laissons pas leurrer, l’affirmation de Bettel que « face aux attentats de Paris la culture est tout ce que nous avons et c’est pourquoi nous devons en être fiers » n’est que du populisme. Et n’oublions pas que réunir cultes et culture sous un même chapeau ministériel est une vieille tradition du CSV…

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est la nomination de Guy Arendt comme secrétaire d’État à la culture. Second choix, même après Lex Delles, qui lui non plus n’aurait pas apporté plus d’expertise à ce ministère à bout de souffle, la personne de Guy Arendt a directement fait grincer des dents dans la scène artistique nationale. Et pour cause : cet avocat d’affaires avec de bonnes connexions au Panama – qui appartiendraient au passé – et dans d’autres paradis fiscaux n’est pas vraiment l’homme de la situation pour un ministère dans une telle détresse. On voit mal comment quelqu’un qui a passé ses journées de parlementaire à fignoler des lois sur les sociétés et dont le cabinet a joué un rôle dans la catastrophique reprise de Cargolux par les Qataris pourrait avoir la finesse pour dialoguer avec le monde culturel et surtout comprendre ses doléances, bref, de le prendre au sérieux. Car être le bourgmestre d’une ville qui une fois par an organise les « Walfer Bicherdeeg » et avoir « quelques amis artistes » (comme il l’a expliqué sur les ondes de RTL) ne suffit pas pour saisir le monde complexe qui l’attend derrière les portes de l’hôtel des Terres Rouges.

Ce n’est pas seulement depuis la nomination de Maggy Nagel que la communication entre les réseaux d’artistes et leur administration se passe mal ; mais, sous la ministre libérale, elle s’est conséquemment délitée. La détermination de la désormais ex-ministre à vouloir revoir le système des conventions s’est soldée par un cuisant échec – car rien n’a vraiment changé, on aurait aussi bien pu faire quelques ajustements – qui a semé chaos et peur dans le milieu culturel. Et des autres promesses, l’Institut du temps présent, les assises culturelles ou encore le fameux « Kulturentwicklungsplan », n’en parlons pas.

Alors maintenant, après la gaffeuse, le manager ? Pour celles et ceux qui rêvaient encore de voir un jour un ministre de la Culture avec des ambitions réalistes et une vraie vision de l’avenir, c’est décidément très mal parti…


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