Politique culturelle : Providence

La nomination de Carole Lorang à la direction du Théâtre municipal d’Esch est la première bonne nouvelle de l’année culturelle. Pourtant, elle n’indique nullement des changements sur le plan général.

(Photos : Wikimedia)

Celles et ceux qui suivaient le dossier en coulisses étaient au courant de la candidature de Carole Lorang depuis des mois, et pas mal dans le groupe des initié-e-s espéraient ardemment que le choix des édiles communaux se porterait sur elle. Pour plusieurs raisons : non seulement une femme directrice de théâtre est toujours une bonne chose, surtout au Luxembourg où la gent féminine est plutôt rarement vue à la barre des institutions culturelles, mais surtout parce que Carole Lorang vient du métier. Fondatrice de la compagnie du Grand Boube il y a un peu plus de dix ans, elle connaît toutes les étapes de création d’une pièce de théâtre, et cela sous une multitude d’aspects – notamment budgétaires. S’y ajoute qu’avec sa compagnie du Grand Boube, elle dispose aussi d’une solide fondation en ce qui concerne l’échange avec l’étranger, notamment la France. Ce qui, en des temps où le subventionnement culturel est de plus en plus conditionné à l’export, constitue un avantage indéniable. Finalement, Lorang est de la même génération que les coordinateurs d’Esch 2022 et vient en partie du même milieu.

Si les nouveaux édiles communaux d’Esch ont donc à l’unanimité fait indéniablement le meilleur choix pour mener leur théâtre – un tant soit peu assoupi ces dernières années – vers de nouveaux horizons, l’on doit aussi constater que cela ne signifie pas la fin de la mainmise politique sur les affaires culturelles. Selon nos sources, deux candidates étaient en lice dans le dernier round avant la proclamation de la décision. Et la deuxième avait un handicap qui sous d’autres cieux – si les élections communales n’avaient pas été une telle surprise dans la métropole du fer – aurait été un avantage, celui d’être poussée par les milieux socialistes. Donc, à la longue liste des qualités de Carole Lorang s’ajoute encore celle de ne pas avoir été soutenue par un parti, quel qu’il soit.

L’avantage de ne pas avoir été soutenue par les socialistes.

Pourtant, la tâche ne sera pas facile. Le Théâtre d’Esch n’est pas connu pour être une des scènes les plus flamboyantes du pays, les grandes affiches tout comme les coproductions avec des acteurs culturels luxembourgeois y sont une denrée plutôt rare et nous ne commencerons pas ici à parler de la politique de communication, qui est loin d’être efficace. Et puis l’implication de la population très diverse de la ville d’Esch n’a pas été une des priorités de Charles Muller, l’ancien directeur, qui prendra sa retraite vers l’été.

Faire tout différemment, ce à quoi Carole Lorang s’est engagée, prendra donc certainement du temps. Et puis il faudra encore compter avec les manigances politiques en arrière-plan, qui ne se feront pas attendre. Car outre le temps nécessaire qui doit être accordé, c’est le budget du théâtre municipal qui devrait être augmenté, de façon à ce que les projets de la nouvelle directrice puissent fleurir.

En d’autres mots : cette nomination n’est pas uniquement une chance pour la ville d’Esch, mais pour la scène théâtrale et culturelle tout entière. Mais elle sera en même temps une pierre de touche pour la politique culturelle – il s’agira ici aussi une nouvelle fois de rester vigilants avant tout.


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