Prohibition des armes nucléaires : To ban or not to ban

Libérer le monde des armes nucléaires est un vieux rêve. Un nouvel élan vient d’être pris, mais le chemin s’annonce long et difficile.

(Wikimedia / Fastfission / CC BY-SA 3.0)

Parlons d’un traité qui n’existe pas. Le Traité pour l’interdiction des armes nucléaires, adopté par 122 pays, le 7 juillet de cette année dans l’enceinte de l’ONU. Et qui n’existe pas parce que les médias n’en parlent presque pas. Même le woxx n’a pas relayé la nouvelle la semaine dernière par manque de place – vivement qu’on concrétise notre nouveau projet de journal en ligne ! Nous avions tout de même présenté il y a deux ans déjà l’initiative en faveur d’un tel traité (woxx 1320), et annoncé il y a un mois l’aboutissement probable des négociations (woxx 1428). Autre point faible du traité : les négociations ont été boycottées par ceux qui devraient en tirer des conséquences, à savoir l’ensemble des puissances qui détiennent des armes nucléaires. Y compris la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord qui, au départ, n’y étaient pas complètement opposés.

Alors, s’agit-il d’un accord historique, comme l’ont clamé la plupart des adeptes du désarmement ? L’aveuglement des médias sera peut-être rectifié par le verdict de l’histoire. Mais pour que les bombes atomiques soient prohibées comme le sont les armes biologiques et chimiques, il faut que ceux qui en détiennent soient d’accord. Certes, la porte du traité n’est pas fermée aux puissances nucléaires. Mais l’adopter impliquera un désamorçage immédiat des bombes et l’adoption d’un programme d’élimination – ce qu’elles ne sont pas près de faire. Certains adeptes du désarmement estiment même que, pour cette raison, la négociation constitue une « occasion manquée ».

Peut-on vraiment reprocher aux pays et aux ONG antinucléaires leur intransigeance et leur manque de patience ? Cela fait 50 ans que le Traité de non-prolifération est en place et que son objectif d’un désarmement nucléaire complet est ignoré. Et ce n’est pas un hasard si la cheville ouvrière des négociations sur le Traité d’interdiction ne s’appelle pas Barack Obama, prix Nobel de la paix 2009, mais Elayne Whyte Gómez, ambassadrice du Costa Rica auprès de l’ONU.

Quant à la possibilité d’inclure les puissances nucléaires occidentales dans les négociations, celles-ci sont moralement délégitimées. Il n’y a qu’à voir la manière dont elles ont saboté l’initiative pour le traité ou à lire la déclaration commune des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France du 7 juillet : « Rejoindre ce traité est incompatible avec la dissuasion nucléaire qui a sauvegardé la paix en Europe et en Asie du Nord pendant plus de 70 ans ». Notons que les trois « voyous nucléaires » s’appuient sur le fait que « presque tous les États qui s’en remettent à la dissuasion » ont boycotté les négociations. Parmi eux, le Luxembourg, pour lequel la fidélité à l’Otan semble compter plus que les beaux discours pacifistes.

Puissances nucléaires immobiles, traité resté lettre morte, guerre atomique fatale.

Un traité de plus écrit pour la poubelle ? C’est bien possible. Si les puissances nucléaires ne bougent pas, le traité restera lettre morte. Mais alors, les autres pays voteront avec les pieds : délégitimation de l’ensemble des efforts de régulation de l’armement, éclatement du Traité de non-prolifération, et à terme, des guerre nucléaires plus ou moins fatales pour l’ensemble de l’humanité.

Des scénarios plus optimistes sont pourtant concevables. Si le traité interdit le stationnement d’armes atomiques, il autorise l’adhésion de pays alliés à des puissances nucléaires. Sous la pression des opinions publiques, des pays comme le Luxembourg pourraient rejoindre le traité et obliger à terme les « voyous nucléaires » de se positionner. C’est à ce moment-là qu’il conviendra d’adapter le traité et de faciliter une adhésion en bloc des puissances nucléaires, afin de faire entrer l’humanité dans l’ère post-nucléaire.


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