Rap/metal
 : No Lives Matter


Dans le monde du hip-hop comme dans celui du métal, Body Count a une place à part. Réputé pour son agressivité, le groupe n’en est pas moins l’avocat de la liberté d’expression aux États-Unis et au-delà.

Même âgé de 60 ans, Tracy Lauren Marrow aka Ice-T, flanqué de sa bande, fait toujours peur.

Si la réputation de Tracy Lauren Marrow – alias Ice-T – n’est plus à faire dans le milieu des pionniers du gangsta rap californien, l’existence de Body Count n’y est pas pour rien. Ce groupe qui mélangeait thrash metal et rap dès le début des années 1990, quand pour beaucoup c’était tout à fait impensable, est à l’origine d’un des plus gros scandales de cette époque.

Fondé en 1991 par Ice-T et son pote Ernie C. (les deux seuls qui restent de la formation originale, tous les autres membres de cette époque étant morts soit de maladie soit d’une balle dans la tête), Body Count défraie la chronique avec sa chanson « Cop Killer ». L’Amérique conservatrice de George H. W. Bush n’est pas aux anges et vite, le message original de la chanson qui dénonçait les violences policières (suite logique des émeutes de Los Angeles au printemps 1992, après le passage à tabac filmé de Rodney King) est détourné. Pour les faucons, « Cop Killer » est un appel au meurtre de policiers et rien d’autre. Sous la pression, le groupe décide de retirer la chanson – qui par la controverse était devenue un tube mondial, jusqu’aux bancs des lycées luxembourgeois – et de se séparer de Warner, son label.

Fort de sa notoriété en tant que formation de rock politique qui brise les frontières, et pas seulement musicales, Body Count a continué sur sa lancée en publiant encore trois albums (« Born Dead » en 1994, « Violent Demise: The Last Days » en 1997 et « Murder 4 Hire » en 2006), tous accompagnés de tournées mondiales. Et c’est spécialement en Europe que les fans de Body Count sont nombreux, ce qui n’a pas étonné Ice-T. Dans une interview de l’année dernière, il a même avoué que la vue de concerts en Europe où des gosses faisaient du slam-dancing sur du hip-hop sans guitares l’aurait inspiré pour fonder le groupe.

Les disparitions consécutives de presque deux tiers de l’effectif ont mis une halte à la carrière de Body Count, Ice-T se concentrant sur ses albums solos et sur ses rôles de policier dans divers feuilletons américains – un choix de carrière non sans ironie, mais totalement assumé. Car s’il y a quelque chose qui caractérise Ice-T, c’est son sens de la répartie et son habileté quand il s’agit d’expliquer des faits paradoxaux en apparence.

(Photo : Rockhal)

En 2014, un album de retour est lancé, appelé « Manslaughter ». S’il fait un petit carton dans les milieux avertis et gagnés d’avance à la cause, ce n’est que le dernier en date, « Bloodlust », de 2016, qui de nouveau défraie la chronique. Grâce à l’Amérique de Trump et à la libération totale de la parole et des gestes racistes partout dans la société étasunienne, la verve de Body Count est vue par beaucoup de gens comme une bouffée d’air frais. Des chansons déjà emblématiques comme « No Lives Matter » – dans laquelle Ice-T démonte les mythes sur le mouvement Black Lives Matter et regroupe dans la même merde l’ensemble des pauvres, noir-e-s ou blanc-he-s. Une pensée marxiste prononcée par un rappeur gangsta sur du metal, si ce n’est pas postmoderne, ça…

En tout cas, voir Body Count en live n’est pas uniquement une expérience intense du point de vue de l’énergie : on en apprend encore des choses aussi.

À la Rockhal, le 9 juin.

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