Sécurité internationale : Frères siamois

Après son discours à l’ONU, nul ne doute de la détermination de Donald Trump à foutre la planète en l’air s’il le faut. Et si on arrêtait de se marrer en le traitant de cow-boy dingue ?

(Photo : Wikimédia)

À chaque dérapage rhétorique du président américain – c’est-à-dire presque chaque jour -, les êtres rationnels se mettent à la recherche d’une catharsis, d’une voix qui leur dit que tout n’est pas si grave, qu’on ferait mieux d’en rigoler et que de toute façon l’impeachment n’est qu’une question de mois. Ces voix, on les trouve dans des programmes de télé américains sur YouTube et autres plateformes. Que ce soient des émissions satiriques comme celles de Steven Colbert, Seth Meyers ou encore John Oliver, ou dans des formats plus sérieux comme sur CNN ou CBS, tous ont tendance à envelopper Trump dans un emballage de bonbon rose. Si c’est pratique pour mieux supporter l’arrogance, l’ignorance et la stupidité des propos du « commander-in-chief », on peut aussi se poser la question de savoir si cette relativisation n’est pas tout simplement dangereuse.

Ne nous trompons pas sur la marchandise : ce président est bel et bien en train de ruiner la plus riche démocratie de la planète.

Car au-delà de la satire, il faut prendre Donald Trump au sérieux – même si ça fait très mal. Et sa menace de « détruire totalement » la Corée du Nord est révélatrice du régime que Trump et son équipe sont en train d’installer aux États-Unis. Ce n’est pas pour rien que les rhétoriques du dictateur nord-coréen et du président américain se ressemblent. Le régime des Kim est fondé sur la haine des États-Unis, qui pendant la guerre de la Corée ont balancé plus de bombes sur ce petit pays qu’ils n’en avaient utilisées pendant toute la Seconde Guerre mondiale, et même évoqué sérieusement l’option nucléaire. Pour se maintenir au pouvoir, les trois générations de Kim ont eu recours à un endoctrinement massif basé sur la peur de l’Amérique et la haine. C’est surtout Kim Jong-un, le petit dernier, qui exploite cette stratégie, et qui a besoin de ces provocations comme de l’air qu’il respire. Sans le fantasme du Satan américain, la dictature nord-coréenne s’écroulerait.

Du côté des États-Unis, garants de la paix mondiale (du moins c’est l’image qu’eux et leurs alliés aiment se donner), le discours par rapport à la Corée du Nord n’a jamais été modéré – mais n’a jamais non plus fait dans la rhétorique guerrière. La diplomatie américaine a essayé de contenir le problème de ce régime sans se mettre à son niveau. Ce qui ne veut pas dire que les administrations précédentes n’ont pas pris le problème au sérieux. Tout au contraire : lors de la passation de pouvoirs, Barack Obama a bien signifié à Donald Trump que le plus grand challenge diplomatique qui l’attendait serait justement le régime de Kim Jong-un.

(Photo : Flickr)

C’était sans compter sur le boulet ambulant Trump. Toutefois, penser que ce dernier ne serait qu’un inconscient est probablement faux. Il n’y a qu’à écouter le reste de sa doctrine. Celle-ci se base sur un repli national(iste) et un État fort. Et même s’il se contredit en faisant part de sa volonté d’intervenir non seulement en Corée du Nord, mais aussi au Venezuela, voire en Iran, les idées de ses souffleurs comme Steve Bannon ou encore Stephen Miller s’inspirent carrément de régimes autoritaires.

Et l’ingrédient numéro un de chaque régime autoritaire est la peur et la haine. Justement ce que propage Donald Trump. Donc, ne nous trompons pas sur la marchandise : ce président est bel et bien en train de ruiner la plus riche démocratie de la planète. Les différences entre les États-Unis et la Corée du Nord se sont réduites – pas uniquement en matière de distance de tir de missiles intercontinentaux.


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