Social-démocratie : Et si ?

Les pertes dramatiques du LSAP lors des communales du 8 octobre dernier sont le signe que la grande crise de la social-démocratie a touché inéluctablement le grand-duché. Avec un macronisme à la luxembourgeoise comme conséquence ?

Le constat est sans appel : le LSAP est le grand perdant des communales, et la prochaine claque aux législatives dans un an se dessine déjà à l’horizon. Le cancer du désenchantement, qui a déjà ravagé ses partis frères en Allemagne, a commencé à ronger aussi les organes vitaux du parti socialiste au grand-duché. Et comme s’il portait la poisse, même dans les communes où le LSAP pourrait en théorie prendre part à des coalitions, il est vite écarté – même par les partenaires de la coalition au niveau national.

Vu l’état intérieur du parti, où les batailles entre aile gauche et libérale font toujours rage, il est difficile de prédire comment le LSAP va se reformer après cette bérézina. D’autant plus que les consultations avec la base promettent de devenir houleuses et qu’en fin de compte, le risque qu’il n’en ressorte qu’un compromis fade – et qui ne changera rien – est élevé.

Se mettre en marche aurait pour Étienne Schneider l’avantage de ne plus devoir se prétendre socialiste.

Alors que va-t-il se passer ? La distance maximale entre un Étienne Schneider qui se rêve déjà en prochain premier ministre et une formation qui a du mal à suivre la réalité va-t-elle mener à un déchirement du parti socialiste ? Certes, le LSAP est encore loin du triste sort de ses camarades de la rue de Solférino, mais l’hypothèse vaut quand même la peine de s’y attarder. Car le phénomène Macron a aussi ses fans dans les rangs des politiciens luxembourgeois. Prenez par exemple le petit sondage d’avant les élections présidentielles françaises, en avril cette année, publié dans le Wort (18 avril 2017). Au-delà des clivages politiques, Macron a réussi à séduire surtout parmi les jeunes hommes politiques : le socialiste Franz Fayot tout comme le conservateur Serge Wilmes admettent sans fard être derrière le candidat « En marche ! ».

Donc, avec un parti aux abois, dans lequel en plus l’éternel Jean Asselborn – en tant qu’incarnation du vieux LSAP – reste incontournable, un ambitieux comme Étienne Schneider pourrait bien choisir de tenter le coup et de prendre tout le monde par surprise. Surprise bien sûr relative, car dans son bilan politique ne subsistent que quelques traces de socialisme. Ainsi, se mettre en marche aurait pour Étienne Schneider l’avantage de ne plus devoir se prétendre socialiste. Et de ne plus se faire insulter par la base du LSAP, qui l’accuse justement de ne pas l’être.

Fonder un parti transversal serait bien sûr une grande nouveauté au Luxembourg, mais si la dynamique prenait, Schneider pourrait sûrement compter sur l’un ou l’autre jeune loup venant d’un autre parti, où il voit son horizon bloqué par une vieille garde qui ne veut pas bouger.

Reste un seul hic : au fur et à mesure que le mandat du président jupitérien avance en France, on s’aperçoit aussi que son programme n’est rien d’autre que le vieil ultralibéralisme vendu dans un nouvel emballage plus fashionable. La réforme de l’ISF, la casse du Code du travail, les APL sucrées aux étudiants et d’autres mesures pas forcément sociales sont en train de miner son score personnel. Et quand vous avez étroitement associé votre personnage à votre projet politique, les deux risquent, au cas où les choses se passent mal, de disparaître aussi vite qu’ils sont venus. Mais en politique, c’est le risque à courir.


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