Solidarité plutôt qu’exclusion : À bas les murs !

Alors que le monde compte plus de murs que jamais, il est temps de se recentrer sur ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise.

(Photo : © EPA)

À chacun ses murs. Tandis que le monde s’offusque – à juste titre – du mur que Donald Trump prévoit de faire construire entre les États-Unis et le Mexique afin de retenir les mouvements migratoires, le monde compte, à ce jour, 65 murs qui délimitent des frontières. En 1989, il y en avait 16. Parmi ces murs, certains se trouvent en Europe, celui entre la Hongrie et la Serbie étant probablement le plus connu. Alors qu’une partie des murs européens est constituée par des murs physiques, réels, l’Europe est aussi entourée par un mur invisible, mais pas moins efficace pour autant : la Méditerranée.

Au moins 22.000 migrants gisent au fond de la mer qui sépare l’Europe de l’Afrique et du Moyen-Orient, morts entre l’an 2000 et l’an 2015. Et encore, il ne s’agit là que des chiffres officiels, la réalité étant probablement beaucoup plus violente. Tant bien que mal, l’Union européenne tente de fermer cette immense frontière que constitue la Méditerranée, tiraillée entre le désir de freiner l’immigration « clandestine » et ce qui lui reste de principes humanistes.

Pour contenir les « vagues migratoires » tout en évitant une explosion du chiffre de noyés, tous les moyens sont bons : tantôt on collabore avec le régime autoritaire d’Erdoğan – et on est, au passage, prêt à ignorer les arrestations de journalistes et d’opposants ainsi que la sale guerre menée dans les territoires kurdes -, tantôt on essaye de s’arranger avec les vestiges d’une autorité étatique en Libye (voir aussi EU-Libyen
: „Zurückschicken kommt nicht in Frage“ et Les migrations vues de Libye
 : Le rocher de Sisyphe). On est même prêt à s’attaquer aux ONG qui portent secours aux migrants en détresse en pleine mer (voir woxx 1403-1404), comme l’a fait récemment l’agence de « protection des frontières » Frontex, qui accuse ces ONG de faire le jeu des passeurs.

Les chanceux qui arrivent en Europe sans corbillard se voient confrontés à d’autres murs, certains réels, d’autres symboliques, afin qu’ils restent dans les pays se trouvant aux frontières extérieures. Grèce, Italie, Espagne : les pays les plus exposés à l’afflux massif de migrants sont en même temps les pays économiquement les plus faibles. Que ce soit le fameux mur entre la Hongrie et la Serbie ou les contrôles permanents à la frontière franco-italienne : qu’importe la solidarité européenne, tant qu’on peut éviter de prendre sa part de responsabilité !

Le peu de réfugiés qui se frayent un chemin jusqu’au Luxembourg se heurtent aussi à des murs. Beaucoup moins visibles, beaucoup plus subtils, ces murs ne sont pas pour autant moins présents : que ce soit le refus de beaucoup de communes de voir la création, sur leur territoire, de structures d’accueil (voir Accueil des réfugiés : Ça coince !) ou la quasi-impossibilité de trouver, une fois le statut de réfugié accordé, un logement, les barrières sont multiples. Et à l’heure où certains voudraient ériger des barrières – symboliques – toujours plus hautes, notamment celle de la langue, on peut avoir l’impression que ces murs deviennent, ici comme ailleurs, toujours plus infranchissables.

Le peu de réfugiés qui se frayent un chemin jusqu’au Luxembourg se heurtent aussi à des murs.

Et pourtant, cette crise des réfugiés peut aussi être une chance. À l’instar de ces activistes grecs qui, habitués par la crise économique à l’entraide et à la solidarité, ont tout simplement élargi leurs activités aux nouveaux arrivants, au Luxembourg aussi, la situation de plus en plus urgente dans les structures d’accueil pourrait donner lieu à un sursaut s’étendant à l’ensemble de la société. Des difficultés sur le marché du logement ? Tout le monde ou presque en pâtit. Les inégalités sociales ? Résidents comme réfugiés en font les frais. La pauvreté ? Un problème que connaissent la plupart des réfugiés, mais aussi beaucoup de citoyens du Luxembourg. Alors plutôt que de construire toujours plus de murs toujours plus hauts, recentrons-nous sur ce qui nous unit.


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