Sommet Afrique-Europe : offrir de vraies perspectives à la jeunesse

Mercredi et jeudi se tiendra à Abidjan (Côte d’Ivoire) le sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne (UA-UE). Le Cercle de coopération des ONGD luxembourgeoises (Cercle) et Médecins sans frontières (MSF) viennent de rencontrer Xavier Bettel, premier ministre, et Romain Schneider, ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire, afin de leur faire état des préoccupations de la société civile en vue de cette rencontre à haut niveau.

Xavier Bettel a pris l’engagement de prendre en considération leurs recommandations, tout en affirmant que le Luxembourg n’est qu’un État membre parmi 28. Cette approche un peu défaitiste n’est pas au goût du Cercle et de MSF, qui espèrent une prise de position un peu plus musclée lors du sommet.

Dans un communiqué qu’ils viennent de publier, le Cercle et MSF se félicitent que l’accent lors du sommet soit mit sur la jeunesse. Ils soutiennent par ailleurs le gouvernement dans sa vue critique du « consensus européen pour le développement », qui consacre la réorientation de l’aide publique au développement – jusque-là destinée à la réduction de la pauvreté – vers plus de sécurité, contre la migration illégale et s’orientant sur des intérêts strictement commerciaux.

Pour « que la jeunesse africaine devienne réellement la priorité des politiques européennes et du gouvernement luxembourgeois » et pour « réaliser l’approche holistique de l’Agenda 2030 », décidé au niveau des Nations unies il y a deux ans, le Cercle et MSF appellent de leurs vœux certains changements politiques indispensables.

Ainsi, la création d’emplois garantissant des revenus décents pour les jeunes en Afrique « implique que le gouvernement s’engage pour l’abandon des exportations de produits agricoles et alimentaires européens à des prix ‘dumping’ ». Aussi, les accords de partenariat économique (APE) conclus ou en préparation avec certains pays de la région seraient à revoir : la politique commerciale devrait se baser sur le principe de non-réciprocité comparable à celui qui est toujours en vigueur sur le marché agricole de l’UE. Une régulation adéquate des marchés devrait permettre une production agricole à plus petite échelle et garantir la protection des droits fonciers des communautés autochtones.

Changer la politique migratoire

Pour le Cercle et MSF, il faudrait aussi « mettre l’accent sur la protection sociale des individus et des familles » en y incluant expressément les migrant-e-s et réfugié-e-s. À ce sujet, des structures transnationales qui garantissent un accès universel à la santé, à l’éducation et au droit du travail font toujours défaut.

Bien au contraire et surtout depuis l’accord UE-Turquie de 2016, la politique européenne tente d’arrêter les flux migratoires en externalisant les frontières de l’Europe, tout en ignorant les conséquences dévastatrices sur les vies de milliers de personnes qui se voient « exposées à des niveaux alarmants de violence et de non-respect des droits les plus élémentaires ». Cela devient le plus évident si l’on considère le cas de la Libye, où des migrant-e-s sont détenu-e-s dans des conditions inacceptables (voir aussi woxx 1442).

Par ailleurs, l’entrave à la libre-circulation en zone saharienne, exigée par l’UE, aggrave encore la situation de pauvreté qui est la cause même de ces migrations. Alors que seulement une minorité des migrant-e-s dans la région vise l’Europe, la majeure partie, qui souhaite se rendre dans les pays voisins, se voit criminalisée. Il faudrait donc se débarrasser des politiques qui « affectent négativement la vie des populations africaines, augmentent leurs souffrances et les violences subies, les placent dans des situations d’insécurité, les paupérisent ou réduisent leur mobilité ».

Plus concrètement, il s’agit d’investir dans des actions qui offrent de réelles perspectives aux populations africaines, à commencer par l’agriculture dite familiale, principale source d’emploi et de subsistance locale. Le Luxembourg quant à lui pourrait offrir des bourses à des étudiant-e-s africain-e-s pour pouvoir étudier à l’université. Il serait aussi grand temps que l’UE tienne son engagement de réduire les frais pour transférer les économies des migrant-e-s, sachant que ces transferts représentent le triple de l’aide au développement classique.


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