Stefano Sollima : Spirale sans fin


Si le premier film de la série « Sicario » avait été encensé par la critique, « Sicario 2 : Day of the Soldado » n’a pas su convaincre – alors que l’histoire qu’il raconte est tout aussi poignante, malgré quelques hics.

Un peu plus humain que dans la première partie : Benicio Del Toro campe l’avocat devenu vengeur Alejandro Gillick. (Photos : outnow.ch)

L’idée que les cartels mexicains pourraient un jour exporter des terroristes au lieu de came n’est peut-être pas la plus réaliste. Qui s’y connaît un peu en la matière sait qu’une des principales préoccupations des seigneurs de la guerre de la drogue est justement de ne pas trop énerver le grand voisin du nord.

Pourtant, « Sicario 2 : Day of the Soldado » débute exactement sur cette hypothèse : des terroristes yéménites se font exploser dans un supermarché à Kansas City et toutes les forces armées américaines essayent non seulement de capturer les commanditaires, mais aussi de comprendre comment ces gens en sont arrivés là. Cette mission est confiée au spécialiste Matt Graver (Josh Brolin) qui conclut assez vite – en torturant un suspect – que ce sont les cartels qui ont organisé le transfert des terroristes. Pour punir ces organisations criminelles et pour empêcher qu’une telle situation se reproduise, les services américains fomentent un complot : en enlevant la fille adolescente du chef du cartel Reyes et en imputant ce kidnapping à un cartel adverse, ils veulent provoquer une guerre entre groupes armés, qui empêchera ceux-ci de faire passer clandestinement des terroristes. Que les mêmes cartels organisent une traite humaine à grande échelle entre l’Amérique centrale et les États-Unis ne semble pas les intéresser.

Avec son équipe, Graver, rejoint par le taciturne et mystérieux avocat Alejandro Gillick (Benicio Del Toro), organise l’enlèvement. Mais ils avaient sous-estimé la corruption qui gangrène leurs collègues mexicains, qui va faire foirer leur plan risqué.

S’il est difficile de faire mieux du point de vue de l’atmosphère que le premier film, réalisé par Denis Villeneuve, la suite donnée par Sollima est pourtant plus efficace que ce qu’ont décrit certains critiques. Car une des questions redondantes qui rythmait « Sicario » était celle de la légitimité américaine à conduire des opérations secrètes au Mexique. Dans ce deuxième épisode, elle ne revient qu’une seule fois et n’est plus au centre d’un débat éthique et idéaliste. Elle reste de pure forme, sans ralentir la narration.

Sollima sait aussi bien développer les caractères de ses personnages. D’abord, on en apprend un peu plus sur Alejandro Gillick, qui dans le premier épisode apparaissait comme un homme obsédé par la vengeance (toute sa famille avait été abattue par un cartel) au point qu’il en oubliait sa propre humanité. Dans « Sicario 2 : Day of the Soldado », Gillick retrouve des traits plus humains, surtout lorsqu’il protège Isabel, la fille de Reyes – donc l’assassin de sa famille –, même à des instants où il pourrait la laisser mourir. Sa propre rédemption au milieu du désert à la fin du film comporte même quelques images d’anthologie.

Le caractère de Matt Graver profite aussi d’un peu plus d’espace. Au lieu de mettre en avant le soldat de l’ombre froid, efficace et peu rompu aux règlements, Sollima lui permet des moments de doute et aussi de prendre des décisions que le personnage dessiné par Villeneuve n’aurait pas prises.

Finalement, il ne faut pas oublier le contexte bien réel de la guerre contre la drogue, qui est devenue une guerre tout court. En ce sens, « Sicario 2 : Day of the Soldado » est à mille lieues d’un navet comme « Loving Pablo », où tout le contexte de la violence était éclipsé au profit d’une histoire romantique. Ici, il n’y a pas d’espoir, mais seulement une spirale infinie de violences de plus en plus insensées.

Aux Kinepolis Belval et Kirchberg, Kursaal, Starlight et Waasserhaus. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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