Think tank : Dans un monde Idea(l)

La fondation Idea – le think tank de la Chambre de commerce (CLC) – vient de présenter ses idées politiques pour les élections. On y trouve un mélange de macronisme vaporeux et de revendications qui font sens.

(Photo : woxx)

Dire que la fondation Idea n’est pas un club de gauchistes est un euphémisme. Un simple regard sur les listes de membres du conseil d’administration et du conseil scientifique – un vrai trombinoscope du pouvoir économique, financier et politique – suffit pour s’en rendre compte. Bref, inutile de cacher les liens avec la CLC et de chercher des revendications sociales dans les « 33 initiatives IDEA(les) pour le Luxembourg » qui ont été présentées à la presse ce mercredi.

Une première pour la fondation, qui a été mise en place en 2014, comme l’a remarqué le président Marc Wagener : « C’est bien notre première campagne électorale. Pour nous y préparer et pour diffuser nos idées, nous avons organisé pas moins de quatre débats et avons publié cinq cahiers thématiques – en plus du fascicule présentant nos 33 initiatives », a-t-il précisé. Ces initiatives sont disposées selon cinq thématiques : l’Europe, le logement, la recherche et le développement, les finances publiques, la protection sociale et les entreprises.

Pertinente sur le logement

Le chapitre européen est certainement le plus mou. Proposer de sauver l’Europe en faisant du 9 mai un jour férié, de lancer un programme de correspondance pour jeunes à travers l’Union ou encore de lancer une émission de cuisine paneuropéenne revient à méconnaître la crise de valeurs profonde dans laquelle se trouve l’Europe actuellement. On cherche en vain un mot sur le sort des réfugié-e-s dans les idées d’Idea. Par contre, l’Europe néolibérale et gagnante (celle du Nord généralement) est bien représentée. Ainsi, Idea préconise de « formaliser l’Eurogroupe et de le rendre moins financier et budgétaire », ainsi que de favoriser une « orientation budgétaire générale de la zone euro » – des idées comme sorties du chapeau de Macron.

C’est au chapitre consacré au logement que la fondation met à plusieurs reprises le doigt là où ça fait mal. Ainsi, elle préconise d’« utiliser pleinement des outils offerts par la loi, entre autres, pour lutter contre la vacance » – en clair, pour enfin appliquer les fameuses taxes communales sur les logements vides, il faudrait mettre en place une législation nationale. Ce qui ferait sens, vu que les communes peinent à appliquer leurs propres règlements, comme le woxx l’avait démontré avec la ville d’Esch en mai 2017. D’autres mesures sur le logement sont quasiment sociales – et se retrouvent dans des programmes plutôt de gauche –, comme régler enfin « l’existence juridique de la colocation » ou encore ne pas suspendre les aides sociales en cas de sous-location d’un immeuble. Cette dernière fait surtout sens quand on considère que 43 pour cent des personnes menacées de pauvreté sont propriétaires et que 27 pour cent d’entre elles vivent dans des logements sous-occupés, comme l’a précisé Sarah Mellouet – membre de l’« équipe opérationnelle » d’Idea.

Par contre, en ce qui concerne la recherche, les finances et les entreprises, la tendance va clairement en faveur du secteur privé et de la « start-up nation », que ce soient des aides directes pour des centres de recherche privés, un crédit impôt recherche, un recalcul des pensions ou encore des allégements et des aides pour les transmissions d’entreprises – afin de regarder « plus loin que la start-up nation et de rester business friendly pour toutes les entreprises », comme l’a formulé Michael-Édouard Ruben, aussi membre de l’équipe opérationnelle.

Si la fondation Idea n’a pas toujours tort avec ses propositions et si quelques-unes sont pertinentes, il n’en reste pas moins que la vue d’ensemble est plutôt superficielle. Aucune mise en cause systémique du modèle luxembourgeois, aucune mention de la redistribution qui serait tout de même de mise avec des taux de risque de pauvreté en nette augmentation. En somme, des initiatives conçues pour ne faire de mal à personne… ni beaucoup de bien non plus.


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