Thomas Vinterberg : Le bien commun


« Kollektivet », le dernier-né de Thomas Vinterberg, raconte la vie et l’autodestruction d’une communauté qui pensait se soustraire aux règles de la bourgeoisie.

Tous d’accord pour tenter l’expérience communautaire.

Tous d’accord pour tenter l’expérience communautaire.

Erik et Anna Møller forment avec leur fille Freja une famille plutôt normale, bobo dirait-on de nos jours, dans le Copenhague du début des années 1970. Elle est présentatrice à la télévision publique, lui est professeur d’architecture. Mais voilà qu’Erik hérite de la grande maison de maître de son père – un homme qu’il n’a pas vu depuis une rupture brutale il y a une quinzaine d’années. Pressé de vendre la vaste demeure dans laquelle il a grandi, il se laisse pourtant persuader petit à petit par sa femme de revenir sur sa décision. Pour pallier les problèmes de financement – rien que le chauffage de la maison en hiver les ruinerait -, Anna imagine de fonder une communauté dans la villa.

Même si Erik reste sceptique au début, il finit par céder – aussi par peur de la décevoir et de la perdre, et avec elle sa famille. Ce sont donc des amis du couple – Ole, vieux baroudeur gauchiste, Ditte et Steffen, couple psychorigide avec leur fils souffrant d’une maladie cardiovasculaire, Mona, une hippie qui a un peu perdu le Nord et Allon, un immigré très, très vite au bord des larmes – qui vont peupler la grande maison. Si au début tout se passe bien et si la démocratie directe semble permettre à la communauté de vivre sans conflits leur idéologie, la façade va bientôt se fissurer, lorsque Erik commence une liaison avec une de ses étudiantes qui finira aussi par devenir membre du club exclusif.

Avec Thomas Vinterberg, on peut s’attendre à tout, c’est connu. Mais un film aussi mou que « Kollektivet » reste tout de même surprenant. Surtout lorsqu’on le compare à « Festen », le long métrage qui l’a fait connaître du grand public en 1998. Défini par la critique comme une sorte d’anti-« Festen », « Kollektivet » est en tout cas moins radical. Et cela vaut pour la forme et pour le contenu. Tandis que le premier film du mouvement « Dogme95 » de la fin du dernier millénaire choquait autant par les mouvements de caméra à l’épaule extrêmes à en donner le vertige que par l’histoire d’un père pédophile révélée au cours d’un dîner d’anniversaire, « Kollektivet » bénéficie d’un langage cinématographique qui n’a pas grand-chose d’expérimental (quelques noirs entre les scènes mis à part) et son histoire, même émouvante par-ci et par-là, n’a rien de trop dérangeant.

C’est le personnage de la mère, Anna, qui domine le film et constitue le fil rouge de la narration. Car c’est bien elle qui embarque sa famille dans cette aventure de communauté, et c’est aussi elle qui risque de s’y briser à la fin – avec perte d’emploi et chute dans l’alcoolisme à l’appui.

Mais c’est aussi l’histoire d’une société qui a cru pouvoir abolir les sentiments familiaux, décriés comme bourgeois, au profit d’une idéologie de communauté universelle dans laquelle tout un chacun peut se développer à sa guise. Vinterberg ne condamne pourtant pas cette communauté rattrapée par la réalité d’un point de vue moral. Il montre juste comment les émotions, même si on les nie farouchement, peuvent induire des paradoxes dans la vie de personnalités même très fortes. Des paradoxes tellement forts qu’ils peuvent les détruire à long terme.

Avançant par touches impressionnistes, « Kollektivet » est un portrait émouvant d’une expérience qui, même si elle tourne court, n’en reste pas moins enrichissante – pour les membres de la communauté, tout comme pour le spectateur dans la salle obscure.

Le film a été montré dans le cadre du « Luxembourg Film Fest » – dès qu’il sera programmé, vous pourrez le lire dans ces pages.

L’évaluation du woxx : XX

https://www.youtube.com/watch?v=AYlI9LrRJqs


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